Les vagues de chaleur ne provoquent pas seulement des urgences pendant quelques journées brûlantes. Une étude nationale suggère qu’elles sont aussi associées à une hausse de la mortalité annuelle chez les personnes âgées aux États-Unis [1].
Les chercheurs ont suivi une cohorte ouverte de 73 769 163 bénéficiaires de Medicare âgés d’au moins 65 ans, répartis dans 27 926 zones postales entre 2000 et 2018. Au total, les données représentaient plus de 668 millions de personnes-années de suivi [1].
Près de neuf décès supplémentaires pour 10 000 personnes-années
Une vague de chaleur était définie comme au moins deux jours consécutifs pendant lesquels la température minimale dépassait fortement la moyenne estivale locale. Chaque épisode supplémentaire au cours d’une année était associé à 8,83 décès de plus pour 10 000 personnes-années [1].
Sur l’ensemble de la période, les 8 307 vagues observées ont été associées à une estimation de 17 603 décès excédentaires. Il s’agit d’un résultat de modèle, accompagné d’un intervalle d’incertitude, et non d’un décompte individuel de décès attribués avec certitude à la chaleur.
Une exposition qui ne frappe pas tout le monde de la même façon
L’association était plus forte chez les bénéficiaires noirs que chez les bénéficiaires blancs. Elle augmentait également dans les zones où la pauvreté était plus élevée [1].
Ces écarts peuvent refléter plusieurs réalités : logements moins bien isolés, accès inégal à la climatisation, maladies chroniques, travail antérieur plus exposé, isolement social ou quartiers urbains qui retiennent davantage la chaleur. L’étude ajuste ses modèles pour de nombreux facteurs, mais ne peut pas mesurer parfaitement chacun de ces mécanismes.
Les espaces verts, un signal à interpréter avec prudence
Dans les zones disposant de davantage d’espaces verts, l’association entre vagues de chaleur et mortalité était plus faible, et devenait négative dans la catégorie la plus végétalisée [1]. Ce résultat est compatible avec un effet protecteur des arbres et des parcs, qui rafraîchissent l’environnement et peuvent favoriser les contacts sociaux.
Il ne prouve pas que planter des arbres suffit à éviter des décès. Les quartiers les plus verts diffèrent aussi par leurs revenus, leurs logements, leurs services et de nombreuses caractéristiques difficiles à isoler.
Une étude observationnelle à l’échelle des quartiers
Les chercheurs ont analysé des comptes annuels de décès par zone postale. Cette approche est puissante par son ampleur, mais elle ne suit pas précisément l’exposition thermique de chaque personne. Elle ne mesure pas non plus la température à l’intérieur des logements.
L’association ne démontre donc pas qu’une vague particulière a causé chaque décès estimé. Elle montre un signal national robuste, cohérent avec les connaissances sur le stress thermique chez les personnes âgées.
La fraîcheur comme enjeu de justice
Les résultats plaident pour des mesures ciblées : repérer les personnes isolées, ouvrir des lieux frais, sécuriser l’accès à la climatisation, adapter les logements et végétaliser les quartiers les plus exposés.
La chaleur extrême est un risque climatique, mais sa gravité dépend aussi de l’organisation sociale. Deux personnes vivant la même température ne disposent pas toujours des mêmes moyens pour s’en protéger.