Jusqu’à un adulte sur trois est obèse dans les centres de soins primaires espagnols. L’Espagne figure d’ailleurs parmi les pays européens où la prévalence de l’obésité est la plus élevée. Pourtant, cette réalité reste largement ignorée par le système de santé. C’est le constat principal d’une nouvelle revue systématique de la littérature publiée dans la revue Obesity Pillars. Les auteurs ont analysé 53 études menées entre 2018 et 2025 sur l’obésité chez les adultes en Espagne, couvrant l’épidémiologie, les complications, la qualité de vie, les coûts et les perceptions [1].

Un fardeau omniprésent mais variable

La prévalence de l’obésité, définie par un indice de masse corporelle (IMC) d’au moins 30, varie fortement selon les contextes étudiés. Dans les études menées en soins primaires, la proportion d’adultes obèses allait de 25 % à 34 %. Dans les enquêtes en population générale, elle se situait entre 11 % et 22 %. Ces écarts reflètent des différences de méthodologie et de populations étudiées, mais ils soulignent aussi que l’obésité est loin d’être un phénomène rare en Espagne. Ils montrent également que les chiffres officiels peuvent sous-estimer la réalité si les données ne sont pas recueillies de manière uniforme. Cette variabilité n’est pas qu’une curiosité statistique : elle complique l’estimation du nombre réel de personnes concernées et peut conduire à sous-dimensionner les politiques de prévention.

La revue ne s’est pas limitée à l’épidémiologie. Sur les 53 études incluses, 24 fournissaient des données épidémiologiques, 13 portaient sur les complications associées, 10 sur la qualité de vie et 7 sur les coûts économiques. D’autres travaux abordaient les caractéristiques des patients, les perceptions des soignants ou les politiques locales. Cette diversité permet de dresser un portrait multidimensionnel, mais elle rend aussi la synthèse plus complexe en raison de méthodes hétérogènes.

Des complications fréquentes et un poids économique élevé

Les personnes obèses présentent souvent d’autres problèmes de santé. Les études analysées ont mis en évidence des associations avec l’hypertension, les anomalies des lipides sanguins, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et l’insuffisance rénale chronique. Ces liens ne prouvent pas à eux seuls que l’obésité cause directement ces maladies, mais ils indiquent que l’obésité s’accompagne fréquemment d’un fardeau clinique important. La présence simultanée de plusieurs de ces problèmes complique la prise en charge et augmente le risque de complications.

Au-delà de la santé physique, la qualité de vie semble également affectée. Les données suggèrent que les personnes en situation d’obésité ou de surpoids rapportent une qualité de vie inférieure à celle des personnes sans excès de poids. La stigmatisation sociale et les difficultés psychologiques associées peuvent aggraver le fardeau ressenti par les personnes concernées. Sur le plan économique, le fardeau est lourd : les coûts de santé ont tendance à augmenter avec l’IMC, et ils diminuent lorsque celui-ci baisse, ce qui suggère qu’une meilleure prise en charge du poids pourrait alléger la pression financière sur le système de santé.

Les études incluses suggèrent que l’obésité affecte non seulement la santé physique, mais aussi le bien-être psychologique et social. La stigmatisation et les problèmes de santé mentale figurent parmi les obstacles identifiés à la prise en charge de l’obésité.

Pourquoi l’obésité reste-t-elle si mal prise en charge ?

La revue identifie plusieurs obstacles majeurs. La stigmatisation des personnes obèses freine l’accès aux soins. Les problèmes de santé mentale, souvent associés à l’obésité, compliquent la prise en charge. S’y ajoutent un manque de ressources et de financement, des lacunes dans la formation des soignants et des idées fausses persistantes sur l’obésité, parfois considérée à tort comme un simple manque de volonté. Ces obstacles sont souvent liés entre eux : par exemple, la stigmatisation peut dissuader les patients de consulter, tandis que le manque de formation des soignants entretient les préjugés.

Le constat principal de cette revue est qu’il existe un décalage persistant entre ce que l’on sait de l’obésité en Espagne et la manière dont elle est repérée et traitée. La revue souligne la nécessité d’améliorer la documentation clinique de l’obésité dans le cadre d’efforts coordonnés pour combler l’écart constaté. Une meilleure identification permettrait de mieux évaluer les besoins et d’allouer les ressources. Pourtant, les données montrent que plus l’IMC est élevé, plus les coûts de santé ont tendance à augmenter. Combler cet écart nécessiterait une action coordonnée à plusieurs niveaux : clinique, éducatif et politique.

Agir tôt et changer de regard

Les études incluses formulent plusieurs recommandations. La prévention précoce est essentielle, tout comme l’implication des patients dans les décisions qui les concernent. Une meilleure communication entre soignants et patients, ainsi qu’une reconnaissance officielle de l’obésité comme maladie chronique, pourraient contribuer à réduire le fossé actuel. La reconnaissance de l’obésité comme maladie chronique pourrait notamment aider à réduire la stigmatisation en la présentant comme un problème de santé à part entière. Les auteurs appellent à des efforts coordonnés en matière de documentation clinique, d’interventions thérapeutiques, d’éducation des patients et de politique de santé. La revue a également recensé des initiatives et recommandations locales, mais leur portée reste limitée face à l’ampleur du problème.

Cette revue présente des limites importantes. Les études incluses sont très hétérogènes, ce qui rend difficile une synthèse quantitative précise. De plus, seules les bases de données en anglais et en espagnol ont été interrogées, ce qui pourrait introduire un biais de publication. La plupart des études sont observationnelles, ce qui empêche d’établir des relations de cause à effet. La certitude globale des preuves est considérée comme faible par les auteurs de la revue. Ces limites signifient que les chiffres de prévalence et les associations rapportées doivent être interprétés avec prudence. Cette synthèse porte uniquement sur les adultes, et ses conclusions ne s’appliquent pas directement aux enfants et adolescents.