Imaginez-vous en train de déguster une sardine grillée. Derrière ce plaisir simple se cache peut-être un passager clandestin : de minuscules particules de plastique. Une étude marocaine vient de montrer que cette réalité est loin d’être un cas isolé. Les chercheurs ont retrouvé des microplastiques dans tous les poissons qu’ils ont examinés.

L’équipe a analysé 240 poissons appartenant à 12 espèces couramment pêchées et consommées au Maroc, comme la sardine ou le maquereau. Résultat : chaque poisson, sans exception, contenait des microplastiques. Ces particules inférieures à 5 millimètres se logeaient principalement dans les branchies, le tube digestif et même les organes reproducteurs [1].

En moyenne, chaque poisson renfermait plusieurs dizaines de particules, avec des écarts importants selon les espèces. Les fragments de plastique (60 %) et les fibres (30 %) étaient les formes les plus fréquentes. Les polymères identifiés reflètent notre usage quotidien : polyéthylène haute densité (utilisé dans les bouteilles et les emballages), polyéthylène téréphtalate et polypropylène [1].

Un repas assaisonné au plastique

Pour donner un ordre d’idée, les scientifiques ont estimé ce que cela pourrait représenter dans notre assiette. D’après leurs calculs, un enfant marocain avalerait environ 1620 particules de microplastiques par an rien qu’en mangeant du poisson. Les adultes en ingéreraient autour de 350. Mais ces chiffres sont à prendre avec des pincettes : ils reposent sur des hypothèses de consommation et non sur des mesures directes chez les personnes [1].

Les poissons qui vivent près du fond de l’océan et qui mangent de tout semblaient plus contaminés. Mais là encore, cette observation n’a pas été confirmée par des analyses statistiques solides. Les chercheurs appellent donc à la prudence [1].

Pourquoi ces particules posent-elles question ?

Les microplastiques agissent comme de minuscules éponges. Dans l’environnement, ils peuvent absorber des polluants chimiques ou des bactéries. Une fois ingérés par les poissons, ils pourraient libérer ces substances ou provoquer des lésions physiques. Certains additifs, comme le bisphénol A, sont même soupçonnés de perturber le système hormonal [1].

Cependant, il faut distinguer le risque pour les poissons du risque pour l’humain. Les chercheurs ont calculé un indice de danger des polymères qui classe le danger potentiel pour les poissons comme « très élevé ». Mais ce calcul est basé sur la toxicité théorique des plastiques purs, et non sur ce qui se passe réellement dans l’organisme. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que la présence de microplastiques dans un filet de poisson rend malade la personne qui le mange [1].

Ce que l’étude ne dit pas

Plusieurs limites empêchent de tirer des conclusions définitives. L’échantillon de 20 poissons par espèce reste modeste pour représenter toute une population marine. L’étude, menée en un seul lieu, ne reflète pas la contamination d’autres zones de l’Atlantique. Enfin, l’analyse donne une image à un instant T, sans suivi dans le temps [1].

Surtout, aucune donnée de santé humaine n’a été mesurée. L’étude constate une contamination, pas une maladie. Le lien entre la présence de microplastiques et un éventuel risque sanitaire reste donc une hypothèse, et non un fait établi.

Et maintenant ?

Ces résultats renforcent l’importance de comprendre ce que les microplastiques font à notre corps. Pour l’instant, les chercheurs suggèrent une surveillance régulière des produits de la mer et la mise en place de normes sur les niveaux acceptables de microplastiques dans les aliments [1].

En attendant des réponses plus claires, cette étude nous rappelle que nos déchets plastiques ne disparaissent pas. Ils se fragmentent, voyagent, et peuvent même revenir jusqu’à nos assiettes. De quoi réfléchir à notre usage du plastique, sans pour autant rayer le poisson de nos menus.