Pour les professionnels de santé qui accompagnent des femmes ayant subi une mutilation génitale, comprendre précisément la nature des complications à long terme est une étape importante pour proposer des soins adaptés. Si les conséquences psychologiques ou les difficultés liées à l’accouchement sont aujourd’hui largement documentées, la vulnérabilité face aux différentes formes d’infections restait plus difficile à apprécier dans son ensemble.
C’est pour mieux cerner ces conséquences qu’une équipe de chercheurs a mené une vaste revue systématique et méta-analyse, publiée en 2025 [1]. En synthétisant 78 études réalisées dans différents pays au fil des années, les chercheurs ont rassemblé les données de plus de 486 000 filles et femmes. Leurs résultats montrent surtout que toutes les infections ne se comportent pas de la même manière chez les femmes excisées.
Une vulnérabilité très ciblée de l’appareil urinaire
Les résultats montrent d’abord que les infections de l’appareil reproducteur sont plus fréquentes chez les femmes excisées que chez celles qui ne le sont pas. Dans les études regroupées, elles étaient presque deux fois plus susceptibles de présenter ce type d’infection (OR=1,88) [1].
L’écart est encore plus marqué au niveau du système urinaire. Les femmes excisées étaient environ trois à quatre fois plus susceptibles de présenter une infection urinaire que les femmes non excisées (OR=3,59) [1].
Certaines modifications anatomiques provoquées par l’excision peuvent contribuer à expliquer ces difficultés. Dans les formes les plus obstructives, notamment lorsque l’ouverture génitale est fortement rétrécie, les cicatrices et l’infibulation peuvent gêner l’écoulement normal de l’urine. Celle-ci peut alors s’évacuer plus lentement ou stagner sous les tissus cicatriciels, créant des conditions favorables à la prolifération bactérienne. Ce mécanisme est décrit dans les recommandations cliniques consacrées à la prise en charge des femmes vivant avec une mutilation génitale féminine [2,3].
Ces complications ne sont pas seulement des résultats statistiques. Lorsqu’elles deviennent récurrentes, les difficultés urinaires, les douleurs ou les infections peuvent peser sur la vie quotidienne et conduire les femmes concernées à consulter à plusieurs reprises.
Le comportement différent des infections sexuellement transmissibles
Face à cette plus grande fréquence des infections urinaires et de l’appareil reproducteur, on pourrait s’attendre à retrouver la même tendance pour les infections sexuellement transmissibles. La méta-analyse montre pourtant l’inverse.
Lorsque les chercheurs ont regroupé les données concernant les IST, notamment la chlamydia, la syphilis, la trichomonase et le VIH, les femmes excisées étaient environ 25 % moins susceptibles de présenter une infection sexuellement transmissible que les femmes non excisées (OR=0,74) [1].
Ce résultat repose sur 17 études réunissant près de 18 000 participantes. Il contraste donc nettement avec ce qui est observé pour les infections urinaires et celles de l’appareil reproducteur.
L’analyse ne permet toutefois pas de distinguer séparément le VIH des autres infections regroupées dans cette catégorie. Le résultat porte sur l’ensemble des IST étudiées et ne peut donc pas être utilisé pour attribuer au VIH, pris isolément, la même différence.
Ce contraste constitue l’un des enseignements les plus intéressants de la méta-analyse. L’excision n’est pas associée de la même manière à toutes les formes d’infection : certaines apparaissent nettement plus fréquentes, tandis que pour les IST, l’association observée va dans le sens opposé.
Des résultats utiles pour mieux cibler les soins
Cette vaste synthèse médicale montre ainsi pourquoi parler simplement de « risque infectieux » après une excision peut être trompeur. Les infections de l’appareil reproducteur, les infections urinaires et les infections sexuellement transmissibles correspondent à des réalités différentes et présentent ici des associations différentes.
Comme les travaux regroupés sont principalement observationnels et réalisés dans des populations variées, ces résultats décrivent des associations et ne permettent pas, à eux seuls, d’attribuer chacune des différences observées directement à l’excision [1].
Pour les soignants, l’intérêt est surtout de mieux identifier les complications qui méritent une attention particulière. Les recommandations cliniques de l’Organisation mondiale de la Santé accordent notamment une place spécifique aux problèmes urinaires, gynécologiques et aux conséquences des formes obstructives de mutilations génitales féminines [2].
Au-delà d’un risque unique, l’étude invite donc à regarder complication par complication. Chez les femmes excisées, certaines infections apparaissent beaucoup plus fréquentes, tandis que d’autres suivent une trajectoire différente. Une distinction essentielle pour comprendre ce que l’excision peut réellement laisser dans le corps et adapter la prise en charge aux problèmes rencontrés.

