En Afrique de l'Est et australe, les adolescentes et les jeunes femmes de 15 à 24 ans sont confrontées à un risque d'infection par le VIH nettement plus élevé que la moyenne de la population. Elles doivent aussi faire face à des grossesses non désirées, souvent liées à un accès insuffisant à la contraception. Pourtant, des outils efficaces existent : d'un côté, une injection de prévention contre le VIH, appelée PrEP injectable à longue durée d'action ; de l'autre, des méthodes contraceptives réversibles de longue durée d'action, comme l'implant ou le dispositif intra-utérin. Ces deux types de protection offrent l'avantage de ne pas exiger une prise quotidienne, ce qui pourrait les rendre particulièrement adaptées aux besoins de ces jeunes femmes.

Ces solutions offrent une protection durable, mais elles restent largement sous-utilisées. Les raisons sont multiples : une méconnaissance de ces méthodes, la peur des effets secondaires, la stigmatisation liée au VIH et à la sexualité des jeunes femmes, et un manque d'autonomie dans les décisions de santé. À cela s'ajoute un problème structurel : les services de contraception et de prévention du VIH sont rarement proposés ensemble. Une jeune femme qui souhaite une contraception doit souvent se rendre dans un service différent de celui qui fournit la PrEP, ce qui multiplie les démarches et peut la décourager.

Cette double approche est d'autant plus importante que les risques de VIH et de grossesse non désirée se recoupent souvent. Une jeune femme qui vient chercher une contraception pourrait aussi bénéficier d'une information sur la prévention du VIH, et inversement. Proposer les deux en même temps pourrait simplifier son parcours et augmenter ses chances de bénéficier d'une protection complète. Mais pour y parvenir, il faut d'abord comprendre comment organiser concrètement ces services intégrés, et ce qui pourrait inciter les jeunes femmes à les utiliser.

C'est pour mieux comprendre ces obstacles qu'une équipe de recherche a lancé l'étude COMPASS. Son protocole vient d'être publié [1]. Il ne contient pas encore de résultats, mais il décrit en détail la démarche qui sera suivie dans trois cliniques de Kampala, la capitale ougandaise. L'objectif est double : mesurer ce que les adolescentes et jeunes femmes pensent de ces méthodes, et identifier ce qui pourrait les aider à les adopter dans un cadre où contraception et prévention du VIH seraient associées. Pour cela, les chercheurs ont choisi d'aller directement à la rencontre des principales intéressées et des personnes qui les entourent.

Une démarche en trois temps

La première étape consiste en une enquête structurée auprès de 220 adolescentes et jeunes femmes. Elles seront interrogées sur leurs connaissances, leurs préférences et leur motivation à utiliser ces méthodes. Cette phase quantitative permettra d'obtenir une vue d'ensemble et de repérer les facteurs qui semblent jouer un rôle important. La deuxième étape approfondit ces réponses par des discussions de groupe avec 30 participantes et des entretiens individuels avec 20 informateurs clés, tels que des professionnels de santé ou des membres de la communauté. Ces échanges qualitatifs visent à comprendre les expériences, les perceptions et les obstacles de manière plus détaillée. La troisième étape est plus originale : les participantes et les acteurs locaux seront invités à co-concevoir des stratégies concrètes pour surmonter les obstacles identifiés. Autrement dit, après avoir écouté, l'équipe passera à l'action, en s'appuyant sur celles qui vivent ces réalités au quotidien.

Cette co-conception n'est pas une simple consultation. Elle implique que les participantes deviennent actrices du changement, en proposant et en validant des solutions adaptées à leur contexte. Les chercheurs prévoient d'ailleurs d'adapter leur approche en fonction des résultats intermédiaires, ce qui rend la démarche souple et évolutive. Cette approche participative, encore peu courante en santé publique, vise à garantir que les stratégies proposées soient acceptables et réalistes pour celles qui les utiliseront, plutôt que d'être imposées de l'extérieur.

Une méthode qui mise sur l'écoute active

Pour guider cette démarche, les chercheurs s'appuient sur un modèle d'analyse du comportement qui distingue trois dimensions : la capacité (ce qu'une personne sait et peut faire), l'opportunité (ce que son environnement lui permet) et la motivation (ce qui la pousse à agir). Ce modèle, connu sous le nom de COM-B, aide à comprendre comment les contraintes pratiques, sociales et personnelles s'articulent. Par exemple, une jeune femme peut avoir entendu parler de la PrEP, mais si la clinique la plus proche ne la propose pas, ou si elle craint le regard de son entourage, elle ne l'utilisera pas. L'objectif est donc de proposer des solutions qui tiennent compte de tous ces aspects, plutôt que de simplement fournir de l'information.

L'originalité de cette recherche tient aussi à sa méthode : elle combine des données chiffrées, qui donnent une vue d'ensemble, et des récits détaillés, qui expliquent les raisons derrière les chiffres. Cette alliance est essentielle pour comprendre un comportement de santé, qui ne se réduit jamais à une simple statistique. L'analyse croisée des données quantitatives et qualitatives devrait permettre de dégager des pistes d'action plus solides que ne le ferait une seule approche.

Des résultats encore à venir

Le protocole précise que le recrutement des participants s'est achevé en juillet 2026, avec un total de 220 adolescentes et jeunes femmes et 20 informateurs clés. Les données collectées sont en cours de nettoyage et d'analyse, et les résultats ne sont pas attendus avant 2027. En attendant, il est important de ne pas tirer de conclusions hâtives : cette publication ne démontre pas que l'intégration de ces services fonctionne, ni que les jeunes femmes vont adopter ces méthodes. Elle pose simplement le cadre d'une recherche qui vise à le découvrir. Si les résultats sont positifs, ils pourraient éclairer les recommandations pour étendre ces services intégrés à plus grande échelle, mais cela reste à confirmer.

Les limites à garder en tête

L'étude ne concerne que trois cliniques de Kampala, ce qui limite la possibilité de généraliser les futurs résultats à d'autres régions, notamment rurales ou moins bien desservies. De plus, les réponses des participantes reposeront en grande partie sur des déclarations personnelles, qui peuvent être influencées par ce qu'elles pensent être attendu d'elles, un biais bien connu dans les enquêtes sur des sujets sensibles. Enfin, comme pour tout protocole, la qualité finale des données et la robustesse des conclusions restent à évaluer. Ces réserves n'enlèvent rien à l'intérêt de la démarche : elle pourrait fournir des pistes concrètes pour améliorer l'accès des jeunes femmes à une double protection contre le VIH et les grossesses non désirées, à condition que les résultats soient au rendez-vous.