Près d’une femme enceinte sur quatre touchée ? Au Vietnam, les études disponibles font état d’une prévalence moyenne de 23,24 % du diabète gestationnel. Ce chiffre, issu d’une synthèse de 76 études publiée récemment [1], révèle un fardeau considérable, mais aussi une grande hétérogénéité des données. Le diabète gestationnel concerne les femmes enceintes et, malgré son importance, les informations sur sa fréquence et ses facteurs de risque chez les femmes vietnamiennes restent dispersées entre le Vietnam et les communautés vietnamiennes à l’étranger.

Pour y voir plus clair, des chercheurs ont passé en revue toute la littérature scientifique disponible, en anglais et en vietnamien, jusqu’en novembre 2025. Leur travail ne se limite pas à additionner des chiffres. Il s’agit d’une analyse systématique de la littérature, ou revue de littérature, qui cherche à cartographier ce que l’on sait et ce que l’on ignore encore sur cette maladie dans ces populations. Les auteurs ont inclus 76 études portant sur le diabète gestationnel chez des femmes d’origine vietnamienne, qu’elles vivent au Vietnam ou dans d’autres pays. Ces études proviennent de bases de données internationales, de dépôts nationaux et de la littérature grise, ce qui permet d’avoir une vision large mais aussi de mettre en évidence les manques.

Au Vietnam, la prévalence moyenne du diabète gestationnel, calculée en tenant compte de la taille de chaque étude, atteint 23,24 %. Ce chiffre varie fortement d’une étude à l’autre et selon les périodes entre 2010 et 2024. Certaines études rapportent des taux bien plus bas, d’autres des taux nettement plus élevés. Cette dispersion n’est pas un détail technique : elle signifie que le chiffre moyen ne reflète pas forcément la réalité de chaque région, de chaque hôpital ou de chaque groupe de femmes. Cette variation reflète probablement des différences de dépistage et de critères diagnostiques, mais l’étude ne permet pas de l’affirmer avec certitude.

Des facteurs de risque réguliers, mais un savoir limité

Plusieurs caractéristiques reviennent régulièrement chez les femmes qui présentent un diabète gestationnel : un âge maternel plus avancé, un poids plus élevé avant la grossesse, des antécédents familiaux ou obstétricaux, une alimentation moins favorable et un manque d’activité physique. Ces éléments sont des facteurs de risque, associés à une probabilité plus élevée de développer la maladie, sans qu’on puisse en déduire qu’ils en sont la cause directe. Ils permettent toutefois d’identifier des femmes plus susceptibles de présenter la maladie, même s’ils ne constituent pas des prédicteurs parfaits.

Par ailleurs, plusieurs études soulignent que les femmes enceintes connaissent mal le diabète gestationnel, ses risques et les moyens de le prévenir. Ce manque de connaissances est un enjeu important, car il peut retarder le dépistage et la mise en place d’une prise en charge adaptée. Le diabète gestationnel est également associé à des complications pour la mère et à un poids de naissance plus élevé chez le bébé. Ces associations sont observées dans les études, mais elles ne démontrent pas un lien de cause à effet. Elles indiquent seulement que les femmes touchées par cette maladie rencontrent plus souvent ces issues défavorables.

La diaspora vietnamienne : des taux plus élevés, des études d’intervention absentes

À l’étranger, les femmes d’origine vietnamienne présentent une prévalence du diabète gestationnel plus élevée que les femmes des pays d’accueil, selon les études disponibles. Elles rencontrent également davantage de complications obstétricales. Ces résultats sont cohérents d’une étude à l’autre, mais ils proviennent essentiellement de données hospitalières et ne couvrent pas l’ensemble de la population migrante. Cette limite est importante, car les femmes suivies à l’hôpital peuvent ne pas être représentatives de toutes les femmes enceintes d’origine vietnamienne vivant à l’étranger.

Fait notable, aucune étude d’intervention n’a encore été menée auprès de ces communautés. Autrement dit, on dispose d’observations sur le risque plus élevé, mais pas de données sur l’efficacité de programmes de prévention ou de prise en charge adaptés à leur situation migrante. Les chercheurs ne peuvent donc pas encore dire quelles approches seraient les plus utiles pour ces femmes. Cette absence d’essais cliniques constitue une lacune importante pour l’élaboration de recommandations concrètes.

Des données à consolider pour agir

Cette synthèse met en lumière des lacunes importantes. La majorité des études sont réalisées en milieu hospitalier, ce qui peut donner une image incomplète de la situation réelle, car les femmes suivies à l’hôpital ne sont pas représentatives de toutes les femmes enceintes. Les méthodes utilisées varient aussi beaucoup, rendant les comparaisons délicates et affaiblissant la robustesse des estimations de prévalence. De plus, il n’existe pas encore de cohortes longitudinales en population générale, ce qui limite la compréhension des trajectoires de la maladie et de ses effets au-delà de la grossesse.

Pour améliorer la prévention et les soins, les chercheurs appellent à standardiser le dépistage, à suivre des groupes de femmes dans la population générale et à évaluer des interventions concrètes. Ils insistent également sur la nécessité de développer des soins adaptés aux réalités culturelles des femmes vietnamiennes, au Vietnam comme dans les pays d’accueil. Ces recommandations visent à combler les lacunes identifiées et à produire des données plus solides pour guider les politiques de santé.

Ce que l’on sait déjà est suffisant pour considérer le diabète gestationnel comme un enjeu majeur de santé pour les femmes vietnamiennes, au pays comme dans la diaspora. Mais les données actuelles ne permettent pas encore de savoir précisément quelles stratégies seraient les plus efficaces pour réduire ce risque et améliorer l’issue des grossesses. La revue de littérature offre une base utile pour orienter les priorités, mais elle souligne surtout l’ampleur du travail restant à accomplir.