Accoucher en sécurité reste un défi quotidien pour de nombreuses femmes d’Afrique centrale. Une étude publiée en 2022 a examiné si les dépenses publiques de santé étaient liées à la mortalité maternelle dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC [1].
Les chercheurs ont utilisé des données de la Banque mondiale couvrant la période 2000-2018. Leur échantillon réunissait 114 observations nationales. Ils ont étudié plusieurs facteurs : les dépenses publiques de santé, le nombre d’infirmiers et de sages-femmes, le revenu national, l’alphabétisation des femmes, l’accès à l’eau potable et l’espérance de vie féminine [1].
Un budget ne travaille jamais seul
Les analyses de panel rapportent une association statistique entre la mortalité maternelle et plusieurs de ces variables. Les dépenses publiques de santé, la densité d’infirmiers et de sages-femmes, le revenu national ajusté et l’alphabétisation des femmes ressortent dans les modèles présentés par l’auteur [1].
Le résultat ne signifie pas qu’un franc supplémentaire versé au budget de la santé produit automatiquement une baisse mesurable des décès. L’argent doit financer des services accessibles, du personnel disponible, des médicaments, des transports d’urgence et des soins obstétricaux capables de traiter rapidement une hémorragie ou une infection.
Des pays encore loin de l’objectif d’Abuja
L’article rappelle que la part des budgets nationaux consacrée à la santé restait souvent inférieure à l’objectif de 15 % fixé par la déclaration d’Abuja. Dans la période récente décrite par l’auteur, elle se situait plutôt autour de 5,5 % à 7 % selon les pays [1].
Ce contexte donne du sens à l’association observée. Un système sous-financé peut manquer de sages-femmes, de blocs opératoires fonctionnels ou de moyens pour rejoindre les femmes vivant loin des centres urbains. Mais la qualité de la dépense compte autant que son montant.
Ce que l’étude ne peut pas démontrer
Cette recherche repose sur des données agrégées par pays. Elle ne suit pas individuellement les femmes enceintes et ne permet pas de savoir quel poste budgétaire a réellement amélioré ou détérioré leur prise en charge. Les résultats peuvent aussi être influencés par des facteurs difficiles à mesurer, comme la gouvernance, les conflits, la qualité des routes ou la disponibilité réelle des soins.
La période relativement courte et les données manquantes limitent également la précision des modèles. L’auteur parle d’effets statistiques, mais une étude observationnelle de ce type ne suffit pas à établir une causalité.
La vraie question est celle de l’usage
Le message utile n’est donc pas seulement « dépenser plus ». Il est de savoir où va l’argent et si les femmes peuvent effectivement accéder aux soins financés. Former et maintenir des sages-femmes, sécuriser les urgences obstétricales et réduire les barrières géographiques ou financières sont des mécanismes plausibles, mais ils doivent être évalués directement.
Cette étude apporte une pièce au dossier. Elle suggère que les ressources publiques et les capacités du système de santé évoluent avec la mortalité maternelle dans la CEMAC. Elle rappelle surtout qu’un budget n’a de valeur sanitaire que lorsqu’il devient un soin disponible au bon moment.