En 1980, presque aucun enfant dans le monde n’était protégé contre l’hépatite B. Aujourd’hui, plus de huit sur dix reçoivent les trois doses du vaccin qui les met à l’abri d’une maladie du foie aux conséquences parfois gravissimes. Ce progrès est immense. Pourtant, il ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Une ascension spectaculaire, mais inégale

Une vaste analyse couvrant 204 pays et territoires, publiée dans Human Vaccines & Immunotherapeutics, a estimé l’évolution de la couverture par la troisième dose du vaccin anti-hépatite B – le fameux HepB3 – entre 1980 et 2023. Le constat global est encourageant : le taux de couverture est passé de quasiment 0 % à 81,82 %, avec une progression annuelle moyenne de 2,50 % [1].

Mais cette moyenne mondiale lisse des réalités très contrastées. Les chercheurs soulignent que l’Europe et l’Océanie affichent les niveaux de couverture les plus élevés, tandis que l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud restent nettement en retrait. Quelques chiffres donnent le vertige : dans l’échantillon de pays étudiés, l’Albanie culminerait à 98,2 %, alors que la Somalie ne dépasserait pas 14 %. L’étude, basée sur des modélisations et non sur des décomptes de terrain, ne permet pas de préciser l’année exacte de ces estimations, mais la photographie est nette : là où un enfant naît, son risque de contracter l’hépatite B n’a rien d’égal.

Un virus silencieux qui frappe tôt

L’hépatite B est une infection virale qui s’attaque au foie. Elle se transmet par le sang, les rapports sexuels ou de la mère à l’enfant au moment de l’accouchement. La plupart des adultes guérissent spontanément, mais plus l’infection survient tôt dans la vie, plus le risque de chronicité est élevé : jusqu’à 90 % chez les nourrissons. Une hépatite B chronique expose, des décennies plus tard, à une cirrhose ou à un cancer du foie.

Le vaccin a bouleversé cette trajectoire. Administré en trois doses dès les premières semaines de vie, il empêche l’installation du virus. C’est pour cela que la troisième dose, qui scelle l’immunité à long terme, est scrutée de si près par les agences de santé. Son taux de couverture est devenu un indicateur clé de la capacité d’un système de santé à protéger ses nouveau-nés.

Pourquoi certains pays peinent à suivre

L’étude, de nature observationnelle, ne permet pas de démêler avec certitude les raisons des retards. Elle indique seulement où les problèmes se concentrent. Mais les experts s’accordent sur les grands obstacles : isolement géographique, pénurie de personnel de santé, ruptures de stock, conflits, méfiance, ou encore un suivi incomplet des enfants entre la première et la troisième dose.