Et si une simple prise de sang permettait de savoir, des années à l’avance, si l’on risque de développer un cancer du nasopharynx ? C’est la piste explorée par une équipe de chercheurs à partir d’un test sérologique ciblant une forme particulière d’une protéine du virus d’Epstein-Barr, un virus extrêmement répandu, mais qui n’entraîne que rarement des cancers.

Le cancer du nasopharynx est une tumeur maligne qui se développe dans la partie supérieure de la gorge, derrière le nez. Dans certaines régions du monde, comme le sud de la Chine, son incidence est particulièrement élevée [1]. Mais aujourd’hui, il n’existe pas de dépistage de routine pour ce cancer, souvent diagnostiqué tardivement.

Une piste biologique prometteuse

L’étude, menée sur des échantillons sanguins prélevés avant le diagnostic, a porté sur 20 personnes ayant développé un cancer du nasopharynx et 96 personnes en bonne santé issues de cohortes à Singapour et Shanghai [1]. Les chercheurs ont cherché à mesurer la présence d’anticorps dirigés contre la protéine EBNA1, produite par le virus d’Epstein-Barr. Plus précisément, ils se sont intéressés à une forme tronquée de cette protéine, dépourvue d’une région répétée appelée glycine-alanine.

Le test a montré une capacité à distinguer les futurs malades des témoins : dans ce petit échantillon, il a atteint une sensibilité de 85 % et une spécificité de près de 95 %. Cela signifie que, dans ce groupe, il détectait correctement une grande majorité des personnes qui allaient développer la maladie, tout en évitant la plupart des fausses alertes.

Une fenêtre de plusieurs années

L’un des résultats les plus intrigants est la durée pendant laquelle ces anticorps peuvent être détectés avant le diagnostic. Selon une analyse complémentaire, le « temps de séjour » - c’est-à-dire la période pendant laquelle le test est positif avant que le cancer ne se déclare - pourrait atteindre 7,5 ans [1]. Une longue phase silencieuse qui ouvre des perspectives de dépistage précoce dans les populations à risque.

Pour améliorer les performances du test, les scientifiques ont aussi testé un variant spécifique de la protéine EBNA1, appelé 487V. Avec cette version, la spécificité grimpe à 94,9 % pour une sensibilité fixée à 95 % [1]. Un équilibre prometteur pour un éventuel futur outil de dépistage.

Pourquoi ce n’est pas pour demain

Ces résultats restent préliminaires. Le nombre de cas étudiés est très faible : seulement 20 personnes ayant ensuite développé un cancer. Avec un si petit échantillon, les performances réelles du test pourraient être moins bonnes dans une population plus large et plus diversifiée. Les cohortes proviennent toutes de régions où le cancer du nasopharynx est plutôt fréquent, et on ignore si le test serait aussi performant ailleurs.

Surtout, l’étude ne démontre pas qu’un dépistage basé sur ce test réduirait le nombre de décès par cancer du nasopharynx. Une forte association statistique ne signifie pas encore un bénéfice clinique. Des études de bien plus grande envergure seront nécessaires pour confirmer ces résultats et évaluer l’impact réel d’un tel dépistage.

Vers un avenir plus prévisible

Les chercheurs soulignent la nécessité de poursuivre les travaux. La prochaine étape logique est de tester cette approche dans des cohortes de plus grande taille et dans différentes zones géographiques. L’objectif est de passer d’une preuve de concept à un outil de santé publique fiable. Si les résultats se confirment, ce test pourrait un jour aider à identifier les personnes à risque, leur ouvrant la voie vers une surveillance renforcée et, peut-être, des diagnostics bien plus précoces.