Le garçon arrive à l’hôpital Tibebe Ghion Specialized Teaching Hospital après trois jours de crampes abdominales sévères, localisées au centre du ventre, accompagnées de vomissements fréquents. Il a 6 ans. Son état général se détériore, et la douleur ne cède pas malgré les antalgiques. À l’examen, les médecins constatent une distension abdominale et une sensibilité marquée, des signes classiques d’occlusion intestinale. L’enfant est immédiatement pris en charge dans le service de chirurgie d’urgence, où une batterie d’examens est lancée pour confirmer le diagnostic et en identifier la cause.
Des signes cliniques et des examens qui convergent
L’examen clinique confirme les signes d’une obstruction : l’abdomen est gonflé, douloureux à la palpation, et les bruits intestinaux sont anormaux. Le garçon n’a plus de selles ni de gaz depuis plusieurs jours. Les vomissements répétés suggèrent que le contenu intestinal ne progresse plus normalement. Devant ce tableau, l’équipe médicale évoque une occlusion mécanique de l’intestin grêle, mais la cause exacte reste inconnue.
Les résultats sanguins révèlent une leucocytose, c’est-à-dire une augmentation du nombre de globules blancs, associée à une éosinophilie marquée. Ce profil biologique peut être observé lors de certaines infections parasitaires, mais il n’est pas spécifique. La radiographie de l’abdomen montre de multiples niveaux hydro-aériques : des accumulations de liquide et d’air dans l’intestin grêle, typiques d’une obstruction. Le diagnostic d’occlusion est confirmé. Après une stabilisation préopératoire, avec réhydratation et correction des déséquilibres, l’équipe chirurgicale décide d’opérer en urgence pour lever l’obstacle.
La laparotomie révèle l’impensable
Au bloc opératoire, les chirurgiens ouvrent l’abdomen par une laparotomie exploratrice. Ils découvrent alors un intestin grêle massivement distendu et congestionné, dont la paroi est tendue et amincie par la pression. À l’intérieur, une masse dense obstrue complètement la lumière. Il s’agit d’un amas de vers Ascaris lumbricoides, un parasite intestinal. L’équipe tente d’abord de faire progresser les vers en effectuant un massage manuel de l’intestin, une manœuvre parfois suffisante pour dégager l’obstruction. Mais la compaction est trop importante et la paroi trop fragilisée, avec un risque élevé de perforation. Les chirurgiens pratiquent alors une entérotomie : une incision de la paroi intestinale. Ils extraient ensuite, un à un, 59 vers vivants. Chaque ver mesure plusieurs centimètres de long. Le décompte précis souligne l’ampleur de l’infestation.
Pourquoi des vers obstruent l’intestin grêle
L’Ascaris lumbricoides est un ver rond transmis par le sol, le plus répandu parmi les helminthes affectant l’humain. Il est particulièrement présent dans les pays à faible revenu, où les conditions d’assainissement favorisent sa transmission. Dans la grande majorité des cas, l’infection est asymptomatique : quelques vers dans l’intestin ne provoquent aucun trouble. Mais lorsqu’une infestation massive s’installe, les vers peuvent s’enchevêtrer et former une pelote compacte, appelée bolus vermineux, qui bloque le passage du contenu intestinal. Les enfants sont plus exposés à cette complication : leur intestin grêle a un diamètre plus étroit que celui des adultes, ce qui facilite l’obstruction. Dans le cas de ce garçon, la charge parasitaire était telle que la simple mobilisation manuelle des vers a échoué, obligeant à une ouverture chirurgicale de l’intestin.
Une issue favorable et une leçon clinique
Après l’intervention, l’enfant récupère sans aucune complication. Les suites opératoires sont simples : pas d’infection, pas de fuite intestinale, pas de récidive immédiate. Ce cas unique ne permet pas de généraliser la fréquence de ce type d’obstruction. Il illustre néanmoins une réalité clinique importante : dans les régions où l’ascaridiase est endémique, une occlusion intestinale chez un enfant doit faire évoquer cette cause parasitaire. Les auteurs du rapport soulignent que la reconnaissance précoce des symptômes et une intervention chirurgicale rapide sont essentielles pour obtenir une issue favorable. Pour les équipes médicales confrontées à des douleurs abdominales aiguës chez l’enfant, l’histoire de ce garçon rappelle que les causes infectieuses, même parasitaires, ne doivent pas être écartées face à un tableau d’urgence chirurgicale.
