On savait déjà que bouger aide à prévenir le cancer du sein. Mais ce que l’on ignorait, c’est à quel point l’activité physique pratiquée avant même le diagnostic pouvait influencer le parcours après la maladie. Une nouvelle étude, menée auprès de plus de 2 000 femmes de Chicago, apporte un éclairage inattendu : l’exercice modéré réduit le risque de décès et de récidive, mais il ne parvient pas à gommer les inégalités raciales qui persistent face à cette maladie [1].

L’équipe de chercheurs a suivi des patientes atteintes d’un cancer du sein, en s’intéressant à leurs habitudes d’activité physique au cours des trois années précédant le diagnostic. Elles ont été réparties en plusieurs groupes, allant des moins actives (moins de 4 MET-heures par semaine, l’équivalent de marcher tranquillement une petite heure) à celles qui bougeaient le plus.

Résultat : les femmes qui pratiquaient une activité modérée, comprise entre 14 et 30 MET-heures par semaine, ont vu leur risque de décès toutes causes confondues baisser de 43 %, et leur risque de récidive ou de décès diminuer de 36 %, comparé aux plus sédentaires. Pour donner une idée, 14 MET-heures, c’est environ quatre heures de marche rapide ou deux heures de vélo par semaine. Une habitude à la portée de beaucoup.

Une courbe en cloche… et un mur invisible

L’étude révèle une relation un peu particulière : la protection ne grandit pas indéfiniment avec la quantité d’exercice. Elle suit une courbe en J. Les bénéfices culminent autour de ce niveau modéré. Au-delà de 30 MET-heures par semaine, la balance ne penche plus du bon côté : le risque semble même remonter, sans que l’on puisse dire pourquoi avec certitude. Peut-être un effet du hasard statistique, peut-être le signe que des exercices très intenses sollicitent autrement le corps. Les chercheurs restent prudents.

Mais le constat le plus marquant est ailleurs. Dans cette cohorte, les femmes afro-américaines partaient avec un handicap. Elles déclaraient des niveaux d’activité physique totale, modérée et vigoureuse bien inférieurs à ceux des femmes euro-américaines. Et leur risque de mortalité toutes causes était 53 % plus élevé. Un écart qui ne se réduisait pas une fois l’activité physique prise en compte dans les calculs.

Pousser la porte du quartier

Alors, si l’exercice n’explique pas cette différence, qu’est-ce qui la creuse ? Les chercheurs ont exploré une autre piste : le désavantage du quartier. Ce terme recouvre un ensemble de facteurs comme la pauvreté, le chômage, la qualité du logement ou l’accès aux soins. Et là, les chiffres donnent le vertige. Selon leurs analyses, près de la moitié de l’écart de survie entre les femmes noires et blanches pourrait être liée à cet environnement défavorisé.

Attention : ce résultat ne vient pas d’une expérience où l’on aurait changé le quartier des patientes. Il s’agit d’une modélisation mathématique, qui repose sur des hypothèses fortes et ne prouve pas un lien de cause à effet direct. Mais il pointe du doigt une réalité : là où l’on vit pèse lourd, parfois plus lourd que nos choix individuels de mode de vie.

Ce que l’étude ne dit pas, et ce qu’elle murmure

Cette recherche, présentée lors d’un congrès et non encore évaluée par un comité de lecture indépendant, comporte des limites. L’activité physique a été mesurée par questionnaire, ce qui dépend de la mémoire des participantes. L’étude n’a pas pu suivre l’évolution de l’exercice après le diagnostic. Et surtout, elle porte sur une seule région, Chicago, dont les réalités ne sont pas celles de toutes les villes.

Néanmoins, elle envoie un message simple : bouger à un rythme soutenu mais accessible, c’est possiblement investir dans sa capacité à traverser la maladie. Mais pour que ce bénéfice profite également à toutes les femmes, il faudra s’attaquer à des inégalités qui dépassent le cadre du cabinet médical. Des trottoirs où l’on peut marcher sans crainte, des parcs à proximité, des emplois qui laissent du temps et de l’énergie : l’activité physique ne se décide pas seulement à la force des mollets.

La science ouvre une piste. La société devra peut-être tracer le chemin.