Dans plusieurs communautés du Cameroun et d’Éthiopie, les vaccins contre la polio et contre la Covid-19 n’ont pas suscité le même niveau de confiance. Entre 2021 et 2022, des chercheurs ont observé que certaines personnes acceptaient les vaccinations infantiles familières tout en exprimant davantage de craintes face aux vaccins contre la Covid-19. Un contraste qui éclaire la manière dont l’histoire, les rumeurs et l’expérience collective façonnent l’adhésion vaccinale.

Une étude qualitative [1], menée auprès de 216 aidants d’enfants et d’agents de santé, a cherché à comprendre pourquoi les craintes diffèrent autant d’un vaccin à l’autre. Les résultats sont éclairants : les inquiétudes envers les vaccins anti-Covid étaient bien plus fréquentes et plus vives que celles envers le vaccin antipolio oral. Mais le plus surprenant, c’est que la majorité des participants ont malgré tout déclaré avoir reçu une dose de vaccin Covid. Alors, que se passe-t-il dans la tête de ces parents ?

Des craintes qui prennent racine dans le quotidien

Pour le savoir, les chercheurs ont organisé 32 discussions de groupe. L’idée était simple : écouter, sans questionnaire rigide, ce que les gens avaient à dire. Et les langues se sont déliées. Les aidants comme les soignants ont évoqué des craintes concrètes : peur des effets secondaires, peur qu’un enfant reçoive trop de vaccins, méfiance envers les agents de santé, ou encore opposition de responsables religieux. Toutes ces inquiétudes étaient plus souvent mentionnées à propos des vaccins Covid que du vaccin polio.

Mais il y a un piège : dans les discussions, ces craintes n’étaient presque jamais présentées comme les leurs. « Les gens du village disent que... », « Certaines mères ont peur que... » : les participants attribuaient leurs préoccupations aux autres. Un biais bien connu des psychologues : on hésite à avouer sa propre méfiance, surtout face à un chercheur. Cela ne signifie pas que les craintes sont imaginaires, mais elles sont peut-être encore plus répandues qu’il n’y paraît.