On la connaît surtout pour ses conséquences chez les femmes. Pourtant, l’infection à Chlamydia trachomatis, silencieuse dans la majorité des cas, pourrait aussi avoir un impact méconnu sur la fertilité masculine.
Une méta-analyse récente, passant au crible 169 études menées au Canada entre 1981 et 2025, dresse un état des lieux de cette bactérie. Résultat : environ 4,4 % de la population générale serait porteuse d’une infection urogénitale à Chlamydia [1]. Un chiffre qui monte en flèche chez les personnes présentant des symptômes, atteignant près d’une femme sur cinq et un homme sur quatre.
Une bactérie inégalement répartie
Les chercheurs ont noté des disparités frappantes. La prévalence chute d’environ 30 % chez les plus de 25 ans, comparés aux plus jeunes. Au fil des années, une lente décrue de 3 % par an semble se dessiner. En revanche, hommes et femmes sont touchés dans des proportions similaires, contrairement à une idée répandue.
Chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, l’infection ne se cantonne pas aux voies génitales. La méta-analyse révèle une présence anorectale chez 6,6 % d’entre eux, et oropharyngée dans 0,7 % des cas. Des localisations qui rappellent que le dépistage doit parfois regarder au-delà des sites habituels.
Quand l’inflammation menace la fertilité
Quel rapport avec l’infertilité ? La Chlamydia est une bactérie qui peut remonter le long de l’appareil reproducteur masculin, créant une inflammation chronique. Cette irritation silencieuse peut endommager les canaux qui transportent les spermatozoïdes ou altérer directement la qualité du sperme. Une infection passée inaperçue peut ainsi, à bas bruit, réduire les chances de concevoir un enfant.
Des travaux récents confirment cette inquiétude. Une méta-analyse rapporte que les hommes infectés par Chlamydia trachomatis ont près de 3,7 fois plus de risque d’être infertiles que les non-infectés [1]. Une autre synthèse estime que 20,6 % des hommes consultant pour infertilité seraient porteurs de la bactérie, avec un risque doublé [1].
Ces chiffres sont évocateurs, mais ils proviennent d’études observationnelles. La plupart comparent un groupe d’hommes infertiles à un groupe témoin, une méthode qui peut capter des associations sans démontrer de lien de cause à effet. Un élément rassurant : la Chlamydia se traite bien par antibiotiques. Le dépistage précoce, surtout chez les jeunes et les personnes à risque, pourrait prévenir des complications à long terme.
Des questions encore ouvertes
D’autres pontes scientifiques restent plus flous. Une méta-analyse s’est penchée sur le possible lien entre Chlamydia et cancer ovarien chez la femme. Les résultats sont contrastés : globalement, l’association n’apparaît pas de manière robuste, même si certaines méthodes de détection, comme la PCR, orientent vers un risque multiplié par six [1]. Sans oublier le microbiote vaginal, qui ne semble pas bouleversé par la présence de la bactérie, malgré quelques signaux dans des études isolées [1].
Le portrait de Chlamydia reste donc en demi-teinte. La bactérie circule toujours, touche inégalement la population, et son lien avec l’infertilité masculine se précise sans être formellement établi. Ce qui est certain, c’est que son caractère souvent asymptomatique en fait un ennemi invisible. Un dépistage ciblé et un traitement rapide restent les meilleures armes pour éviter qu’une infection discrète ne laisse des traces durables.

