Peut-on protéger ses poumons en soulageant ses bouffées de chaleur ? Cette question, longtemps restée sans réponse claire, pourrait connaître un début d’éclaircissement. Une nouvelle synthèse des études disponibles suggère que les femmes qui ont eu recours à un traitement hormonal substitutif (THS) développent un peu moins souvent un cancer du poumon que les autres.
C’est ce qui ressort d’une méta-analyse publiée dans la revue Medicine, qui a combiné les données de 13 études de cohortes menées auprès de plus de 500 000 femmes à travers le monde [1]. Les auteurs rapportent que le risque de cancer du poumon est, en moyenne, inférieur de 5 % chez les femmes ayant déjà utilisé un THS, par rapport à celles qui n’y ont jamais eu recours.
Une protection modeste, mais intrigante
Pour mesurer cette association, les chercheurs ont calculé un risque relatif de 0,95. Concrètement, cela signifie que, pour 100 cas de cancer du poumon observés chez les non-utilisatrices, on en compterait 95 chez les femmes ayant déjà pris un THS. Une différence modeste, mais statistiquement perceptible, que les auteurs qualifient de « significative ».
Cette petite protection semble surtout visible dans les études qui ont tenu compte de plusieurs autres facteurs pouvant influencer le risque pulmonaire, comme l’âge, l’indice de masse corporelle ou le tabagisme. Dans ces études mieux ajustées, la réduction observée est comparable : 5 % également. En revanche, lorsqu’on examine séparément différents types de cancers du poumon, différentes formulations hormonales (œstrogènes seuls ou associés à un progestatif), ou encore différentes régions du monde, le lien devient flou et n’atteint plus le seuil statistique.
Inflammation, réparation de l’ADN : des pistes à confirmer
Pourquoi un traitement destiné à compenser la chute des hormones à la ménopause jouerait-il un rôle au niveau des cellules pulmonaires ? La méta-analyse ne répond pas directement à cette question, et les auteurs restent prudents. Cependant, des travaux antérieurs ont montré que les récepteurs aux œstrogènes sont présents dans le tissu pulmonaire. Les hormones féminines pourraient influencer l’inflammation locale, la réparation de l’ADN ou la division cellulaire, autant de mécanismes impliqués dans le développement d’un cancer.
Il ne s’agit pour l’instant que d’hypothèses biologiques. La méta-analyse ne démontre pas que le THS protège activement les poumons ; elle constate seulement que les femmes qui en ont pris développent un peu moins de cancers. Et cette association pourrait être brouillée par d’autres différences entre les deux groupes, par exemple un meilleur suivi médical ou un mode de vie globalement plus sain.
Une association, pas une preuve
Ce point mérite d’être souligné : toutes les études incluses sont observationnelles. Cela veut dire que l’on compare des groupes de femmes qui, pour diverses raisons, ont choisi – ou non – de prendre un THS. Il n’est pas possible d’exclure que l’écart de 5 % soit dû à d’autres facteurs, en partie ou totalement. L’idéal aurait été de répartir les femmes au hasard entre THS ou placebo, mais de tels essais cliniques sur le cancer du poumon n’existent pas.
Les chercheurs ont toutefois vérifié que les études publiées ne semblaient pas « choisies » pour favoriser un résultat positif. Les tests statistiques n’ont pas détecté d’indice de biais de publication, ce qui renforce un peu la crédibilité de l’observation. Néanmoins, ils restent prudents et attribuent un niveau de certitude « faible » à leurs conclusions.
Le THS n’est d’ailleurs pas un traitement anodin. Un précédent essai clinique de grande envergure, le Women’s Health Initiative, avait montré que l’association œstrogènes-progestérone augmentait le risque cardiovasculaire chez les femmes ménopausées. Ce signal de sécurité ne s’applique pas nécessairement à toutes les formes de THS, mais il rappelle que toute prescription doit peser soigneusement les bénéfices et les risques au cas par cas.
Vers une médecine plus personnalisée ?
À ce stade, la méta-analyse ne change pas les recommandations médicales. Elle ne justifie en aucun cas de prendre un THS dans le seul but de réduire le risque de cancer du poumon. En revanche, elle offre une information rassurante pour les femmes qui se demandent si leur traitement hormonal pourrait nuire à leurs poumons. La réponse semble être non, du moins à court et moyen terme.
L’horizon reste donc ouvert : les prochaines études devront idéalement suivre des patientes de manière prospective, en collectant des données détaillées sur le tabagisme, le type de THS, la durée d’utilisation et le type histologique du cancer. Cela permettrait de confirmer ou d’infirmer ce signal protecteur, et peut-être d’identifier un sous-groupe de femmes chez qui le bénéfice respiratoire surpasserait les risques.