La croyance est pourtant profondément ancrée. Dans certains discours familiaux ou communautaires, l’excision n’est pas seulement présentée comme un rite, une tradition ou une condition du mariage. Elle est aussi censée résoudre un problème supposé : la sexualité féminine. Selon cette idée, une fille excisée serait moins portée vers les rapports sexuels avant le mariage. Une épouse excisée serait moins susceptible de rechercher un autre partenaire. En réduisant le désir, affirme l’argument, on réduirait aussi les comportements jugés indésirables.

Cette idée paraît simple, et peut même sembler intuitive pour les personnes qui y adhèrent. Elle repose toutefois sur un enchaînement qui n’a rien d’évident : moins de plaisir signifierait moins de désir ; moins de désir signifierait moins de rapports sexuels ; moins de rapports sexuels signifierait moins de partenaires ; et moins de partenaires signifierait davantage de fidélité. Or chacune de ces étapes peut se révéler inexacte.

Cette croyance peut surtout être testée de manière concrète. Il est possible d’interroger les femmes sur l’âge de leur premier rapport sexuel, sur le fait que ce rapport ait eu lieu avant ou après le mariage, sur leur nombre de partenaires, puis, une fois mariées, sur l’existence de relations sexuelles en dehors de leur union. C’est précisément ce qu’ont réalisé plusieurs équipes de recherche, souvent en s’appuyant sur les grandes enquêtes démographiques et de santé menées dans différents pays africains. Leurs résultats décrivent une réalité beaucoup moins simple que celle de la « femme excisée donc plus sage ».

Avant le mariage, l’effet attendu n’apparaît pas

Commençons par la question la plus directe : les femmes excisées ont-elles moins de rapports sexuels avant leur mariage ? Si l’excision remplissait réellement la fonction qu’on lui attribue, ce signal devrait apparaître assez clairement : à conditions comparables, les femmes excisées devraient être moins nombreuses à déclarer avoir eu des rapports sexuels avant leur première union. Or ce n’est pas ce que montrent les principales données disponibles.

Howard et Gibson ont analysé cinq grandes enquêtes démographiques réalisées en Afrique de l’Ouest, regroupant plus de 72 000 femmes. Les chercheurs ont examiné plusieurs façons d’observer la vie sexuelle avant le mariage : avoir eu des rapports avant le mariage, en avoir eu au moins deux ans avant le mariage, avoir eu des rapports alors que l’on n’était pas mariée ou encore avoir eu un enfant avant le mariage. Sur ces quatre mesures, aucun lien clair n’a été établi entre le fait d’avoir été excisée et ces comportements. Pour la question la plus directe, celle des rapports sexuels avant le mariage, les femmes excisées ne rapportaient pas moins souvent ce comportement que les femmes non excisées.

Autrement dit, dans cette vaste analyse menée dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest, l’excision ne permettait pas de montrer qu’une femme aurait moins souvent eu des rapports sexuels avant son mariage.

Une étude nigériane publiée en 2022 apporte des informations complémentaires. À partir des enquêtes démographiques du Nigeria de 2013 et de 2018, les auteurs ont comparé différents comportements selon le statut matrimonial. Chez les femmes qui avaient déjà été mariées, celles qui avaient subi une excision rapportaient plus souvent avoir eu des rapports sexuels avant le mariage. L’écart n’était pas considérable : ce comportement était environ 10 % plus fréquent chez les femmes excisées. Mais le résultat allait tout de même dans la direction opposée à celle que prévoit la croyance.

Chez les femmes qui n’avaient jamais été mariées, en revanche, les chercheurs n’ont pas établi de lien clair entre l’excision et les comportements sexuels étudiés. Une analyse éthiopienne fondée sur l’enquête démographique de 2016 aboutit elle aussi à la même idée générale : elle n’a pas établi que les femmes excisées avaient moins souvent eu des rapports avant leur mariage.

On retrouve donc essentiellement deux situations selon les études : soit aucun lien n’est établi, soit les femmes excisées rapportent au contraire un peu plus souvent avoir eu des rapports avant leur mariage. Ce que les principales études ne montrent pas, c’est que l’excision réduirait de manière claire et reproductible les rapports sexuels avant le mariage. L’argument selon lequel elle préserverait la virginité ou empêcherait les rapports prémaritaux n’est donc pas confirmé par les grandes données disponibles.

Le premier rapport sexuel ne vient pas plus tard

Une autre manière d’évaluer cette hypothèse consiste à examiner l’âge du premier rapport sexuel. Si l’excision contrôlait réellement la sexualité des filles, on pourrait s’attendre à ce qu’elles commencent leur vie sexuelle plus tardivement. Là encore, ce n’est pas ce que montrent les études.

En Sierra Leone, une analyse publiée en 2024 a porté sur plus de 5 500 adolescentes et jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans. Les résultats sont parlants : environ 66 % des jeunes femmes excisées avaient eu leur premier rapport sexuel avant 18 ans, contre environ 48 % des jeunes femmes non excisées. Dans cette population, les jeunes femmes excisées étaient donc plus nombreuses à avoir commencé leur vie sexuelle avant 18 ans.

Une étude menée dans le nord de la Tanzanie auprès d’un peu plus de 2 000 femmes allait également dans ce sens : les femmes excisées avaient tendance à avoir leur premier rapport sexuel plus tôt.

Il faut cependant être très prudent avec l’interprétation de ces résultats. Avoir son premier rapport sexuel plus jeune ne signifie pas automatiquement avoir eu des rapports sexuels avant le mariage, car l’âge du mariage peut lui aussi être plus précoce.

Prenons l’exemple de deux jeunes femmes. La première se marie à 16 ans et a son premier rapport sexuel à 16 ans. La seconde se marie à 23 ans et a son premier rapport sexuel à 19 ans. La première a commencé sa vie sexuelle plus jeune, mais elle n’a pas eu de rapport sexuel avant le mariage. La seconde, qui a pourtant eu son premier rapport trois ans plus tard, en a eu un avant son mariage.

C’est précisément pour cette raison que l’âge au premier rapport sexuel et le fait d’avoir eu un rapport avant le mariage ne désignent pas la même chose.

Cette distinction est particulièrement importante ici, car l’excision est également liée à des mariages plus précoces dans plusieurs populations étudiées. En Sierra Leone, par exemple, les jeunes femmes excisées étaient aussi beaucoup plus nombreuses à avoir été mariées avant 18 ans. Howard et Gibson retrouvaient également un mariage plus précoce chez les femmes excisées dans leur analyse ouest-africaine.

D’autres études montrent cependant que l’excision ne s’accompagne pas toujours d’un premier rapport plus précoce. Au Nigeria, Aniwada et ses collègues n’ont pas établi de lien entre l’excision et le fait d’avoir eu son premier rapport sexuel avant 18 ans. Dans l’étude nigériane de 2022, les femmes excisées déjà mariées n’avaient pas non plus commencé leur vie sexuelle clairement plus tôt ou plus tard que les autres. En Éthiopie, l’analyse de Mehari n’a pas montré non plus que l’excision était liée au fait d’avoir son premier rapport avant 15 ans.

Le constat général est donc assez simple : les femmes excisées n’ont pas leur premier rapport sexuel systématiquement plus tard. Selon les pays et les populations, elles le commencent à un âge comparable ou parfois plus tôt. Cela ne signifie pas qu’elles ont nécessairement davantage de rapports avant le mariage, mais cela affaiblit nettement l’idée selon laquelle l’excision retarderait automatiquement l’entrée dans la vie sexuelle.

Combien de partenaires avant le mariage ? C’est là que les données se raréfient

On pourrait alors poser une autre question : même si les femmes excisées n’ont pas moins souvent de rapports sexuels avant le mariage, ont-elles au moins moins de partenaires ? Ici, les données deviennent beaucoup plus difficiles à interpréter.

La raison est simple : de nombreuses enquêtes demandent aux femmes combien de partenaires elles ont eus « au cours de leur vie » ou « au cours des douze derniers mois », mais elles ne demandent pas toujours combien de ces partenaires ont précédé le mariage. Or ce détail est déterminant. Une femme qui a eu deux partenaires avant son mariage et une femme qui a connu deux partenaires dans deux mariages successifs apparaîtront toutes les deux comme ayant eu « deux partenaires au cours de la vie ». Ces deux histoires n’ont pourtant rien à voir avec la question que nous cherchons à éclaircir.

Concernant le nombre de partenaires spécifiquement avant le mariage, les données restent donc trop limitées pour apporter une réponse précise. Cette faiblesse de la littérature est importante : on dispose de beaucoup plus d’informations sur le nombre de partenaires au cours de la vie que sur le nombre de partenaires réellement rencontrés avant le mariage.

Après le mariage, la fidélité est encore plus difficile à démontrer

Nous arrivons maintenant à l’autre grande promesse associée à l’excision : celle de la fidélité conjugale. Dans certaines communautés, cet argument est formulé explicitement. Une femme excisée serait moins susceptible de rechercher en dehors du couple ce que son mari lui apporte dans la relation. La diminution supposée du désir agirait ainsi comme une forme de protection contre l’adultère.

Pour vérifier cette idée, il faut mesurer directement les relations sexuelles en dehors du mariage. Et c’est précisément là que la littérature scientifique devient beaucoup plus limitée.

L’une des rares grandes analyses disposant d’une mesure directe des rapports extraconjugaux est encore celle de Howard et Gibson, réalisée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Les chercheurs ont demandé si les femmes avaient eu des rapports sexuels en dehors de leur union au cours des douze derniers mois.

Aucun lien n’a été établi entre l’excision et les rapports extraconjugaux. Les femmes excisées ne rapportaient pas moins de relations extraconjugales que les autres, mais elles n’en rapportaient pas davantage non plus. Dans cette grande étude, rien ne permet donc d’affirmer que l’excision protégerait contre l’infidélité.

Une étude beaucoup plus petite, menée à Oworonshoki dans la région de Lagos au Nigeria, présente toutefois un résultat qui attire forcément l’attention. Oyefara a interrogé 350 femmes ayant déjà été mariées. Parmi les femmes excisées, 16,2 % déclaraient avoir déjà eu une liaison extraconjugale. Chez les femmes non excisées, elles étaient 3,6 %.

Dans cette étude, les femmes excisées étaient donc nettement plus nombreuses à rapporter une relation extraconjugale.

Mais il serait tout aussi trompeur de prendre ces chiffres et d’en conclure que « l’excision rend infidèle ». L’enquête ne portait que sur une seule communauté, les groupes étaient relativement petits et de nombreuses caractéristiques conjugales, économiques ou sociales pouvaient différer entre les femmes interrogées. Le résultat montre que la réalité peut aller dans le sens inverse de la croyance, mais il ne permet pas de définir le comportement de l’ensemble des femmes excisées.

Une autre étude, menée auprès de femmes Igbo du sud-est du Nigeria, aboutit au contraire à des comportements sexuels plus restrictifs chez les femmes excisées. Les chercheurs ont utilisé une mesure appelée « sociosexualité », qui s’intéresse notamment à l’attitude envers les relations sans engagement, au nombre de partenaires occasionnels et à la fréquence des changements de partenaires. Les femmes excisées obtenaient des scores allant vers une sexualité plus restrictive.

Mais cette étude ne portait que sur 93 femmes, dont seulement 18 femmes non excisées. Avec un groupe de comparaison aussi petit et une seule communauté étudiée, il devient difficile d’étendre ce résultat à des millions de femmes.

Une analyse kényane plus ancienne apporte encore une autre pièce au puzzle. Son résumé laisse penser que les femmes excisées auraient eu moins souvent un partenaire en dehors de leur union. Toutefois, les informations disponibles ne permettent pas de déterminer suffisamment clairement la solidité de ce résultat. Il ne peut donc pas constituer une preuve centrale.

Au bout du compte, que reste-t-il ? Une grande analyse réalisée dans plusieurs pays qui n’établit aucun lien entre excision et rapports extraconjugaux. Une petite étude dans laquelle les femmes excisées rapportent davantage de liaisons extraconjugales. Une autre petite étude dans laquelle elles rapportent des comportements sexuels plus restrictifs. Et une étude plus ancienne allant possiblement vers moins de partenaires hors union, mais dont les résultats restent insuffisamment vérifiés.

Lorsque les études racontent des histoires aussi différentes, la conclusion responsable n’est pas de choisir celle qui correspond le mieux à ce que l’on croyait déjà. Elle est beaucoup plus simple : la science n’a pas établi que l’excision protège les femmes de l’infidélité.

Elles ont parfois moins de partenaires, mais ce n’est pas la même question

C’est probablement à ce stade que l’argument en faveur de l’excision peut sembler retrouver une certaine force. Certaines grandes études montrent effectivement que les femmes excisées rapportent moins souvent plusieurs partenaires.

Howard et Gibson observent par exemple qu’elles étaient moins nombreuses à avoir eu au moins deux partenaires au cours de leur vie. En Éthiopie, Mehari rapporte également moins souvent plus d’un partenaire au cours de la vie chez les femmes excisées. Au Nigeria, Adelekan et ses collègues montrent que, parmi les femmes déjà mariées, les femmes excisées rapportaient moins souvent plusieurs partenaires sexuels au cours des douze mois précédents.

Faut-il alors en conclure qu’elles seraient malgré tout plus fidèles ? Non, car le nombre de partenaires ne raconte pas automatiquement l’histoire du couple.

Considérons une femme qui s’est mariée à 19 ans, est devenue veuve à 30 ans et s’est remariée à 35 ans. Elle peut parfaitement avoir eu deux partenaires sexuels au cours de sa vie sans avoir jamais eu de relation extraconjugale. Une autre femme peut avoir divorcé puis vécu une deuxième union. Une autre encore peut avoir eu plusieurs partenaires avant son mariage et aucun après. Le simple nombre de partenaires ne permet pas de distinguer ces différentes trajectoires.

L’étude nigériane de 2022 illustre parfaitement ce problème. Chez les femmes ayant déjà été mariées, celles qui étaient excisées rapportaient moins souvent plusieurs partenaires au cours des douze derniers mois. Mais lorsque les chercheurs regardaient le nombre de partenaires sur l’ensemble de la vie, les données n’établissaient plus de lien avec l’excision. Et, dans cette même étude, les femmes excisées rapportaient un peu plus souvent avoir eu des rapports sexuels avant le mariage.

Une seule étude aboutit donc à trois messages différents selon la question posée : les femmes excisées rapportaient moins souvent plusieurs partenaires récents ; elles n’avaient pas clairement moins de partenaires au cours de leur vie ; et elles rapportaient un peu plus souvent avoir eu des rapports avant leur mariage.

Quelle phrase résumerait correctement tout cela ? Certainement pas : « les femmes excisées ont moins de partenaires ».

La réalité est plus complexe. Et c’est précisément pour cette raison que l’idée d’un comportement sexuel unique et systématique propre aux femmes excisées ne résiste pas à l’examen des données.

Moins de plaisir ne veut pas dire plus de fidélité

Une confusion fréquente consiste à supposer qu’une altération du plaisir ou des difficultés sexuelles entraîneraient automatiquement moins de rapports et davantage de fidélité. On pourrait raisonner ainsi : si une femme éprouve moins de plaisir, elle aura moins envie d’avoir des rapports sexuels. Si elle a moins envie d’avoir des rapports, elle aura moins de partenaires. Et si elle a moins de partenaires, elle sera plus fidèle.

Ce raisonnement transforme pourtant quatre réalités différentes en une seule.

Le plaisir n’est pas le désir. Le désir n’est pas le rapport sexuel. Le rapport sexuel n’est pas le nombre de partenaires. Et le nombre de partenaires n’est pas la fidélité.

Une femme peut ressentir des douleurs et continuer à avoir des rapports sexuels. Elle peut avoir peu de désir mais vivre dans une relation où elle dispose de peu de marge pour refuser. Elle peut avoir un désir élevé et choisir de ne pas avoir de rapport. Elle peut avoir plusieurs partenaires successifs sans jamais être infidèle. Et elle peut n’avoir eu qu’un seul partenaire récent tout en ayant connu une relation extraconjugale auparavant.

Ce sont des réalités différentes. C’est pourquoi les études portant sur la douleur, l’orgasme ou la fonction sexuelle ne peuvent pas servir de raccourci pour répondre à la question qui nous intéresse ici. Pour savoir si les femmes excisées sont moins susceptibles d’avoir des rapports sexuels avant le mariage, il faut mesurer les rapports avant le mariage. Pour savoir si elles sont plus fidèles, il faut mesurer les relations hors union. Tout le reste peut aider à comprendre leur expérience sexuelle, mais ne peut pas remplacer ces mesures.

Derrière l’excision, il y a aussi tout un environnement social

Un autre élément traverse presque toutes ces études : l’excision ne survient pas au hasard. Dans un même pays, elle peut être beaucoup plus répandue dans certaines régions, certains groupes ethniques, certaines générations ou certains milieux sociaux. Ces différences peuvent elles-mêmes influencer le mariage et la sexualité.

L’âge au mariage, par exemple, est crucial. Si les filles excisées se marient plus tôt dans une communauté donnée, elles peuvent commencer leur vie sexuelle plus tôt tout en restant dans le cadre matrimonial attendu par cette communauté. À l’inverse, une femme qui se marie plus tard peut avoir son premier rapport sexuel à un âge plus élevé tout en l’ayant avant son mariage.

C’est ce qui explique certains résultats qui peuvent sembler paradoxaux au premier regard : une étude peut montrer que les femmes excisées commencent leur vie sexuelle plus tôt sans montrer qu’elles ont davantage de rapports avant le mariage. Les deux observations ne se contredisent pas. Elles montrent simplement que le calendrier du mariage compte lui aussi.

La région, le niveau d’éducation, les conditions économiques, les normes de genre et les trajectoires conjugales peuvent également différer entre les femmes excisées et non excisées.

Ce point est essentiel, car il empêche de raconter une histoire trop biologique. L’excision n’est pas un mécanisme que l’on activerait pour modifier mécaniquement le comportement sexuel d’une femme. Elle s’inscrit dans un système social beaucoup plus large. Ce système peut lui-même influencer la sexualité, le mariage et le nombre de partenaires.

Alors, les femmes excisées sont-elles vraiment plus « sages » ?

À ce stade, la réponse devient beaucoup plus claire.

Avant le mariage, les grandes études ne montrent pas que les femmes excisées ont systématiquement moins de rapports sexuels. Dans plusieurs analyses, aucun lien n’a été établi entre l’excision et les rapports avant le mariage. Dans une importante étude nigériane, les femmes excisées rapportaient même un peu plus souvent avoir eu des rapports avant leur mariage.

Le premier rapport sexuel n’est pas non plus systématiquement repoussé à un âge plus avancé. Dans plusieurs populations, les femmes excisées commencent leur vie sexuelle plus tôt. Dans d’autres, les études n’établissent pas de lien entre l’excision et l’âge du premier rapport. Cette précocité peut toutefois accompagner un mariage lui aussi plus précoce et ne doit donc pas être confondue automatiquement avec davantage de rapports avant le mariage.

Le nombre de partenaires spécifiquement avant le mariage reste, lui, mal documenté.

Après le mariage, la science dispose de beaucoup moins de données. Dans la grande analyse menée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, aucun lien n’a été établi entre l’excision et les rapports extraconjugaux. Les femmes excisées ne rapportaient pas moins d’infidélité que les autres. Les études plus petites racontent des histoires différentes : certaines montrent davantage de relations hors couple chez les femmes excisées, d’autres des comportements plus restrictifs.

Certaines études montrent également que les femmes excisées rapportent parfois moins de partenaires. Mais cela ne signifie pas automatiquement qu’elles sont plus fidèles, car le nombre de partenaires peut refléter des relations avant le mariage, des divorces, des veuvages ou plusieurs unions successives.

Autrement dit, les études ne dessinent pas le portrait d’une femme excisée systématiquement moins active sexuellement, moins susceptible d’avoir des rapports sexuels avant le mariage et plus fidèle ensuite. Ce portrait n’apparaît pas dans les données.

On trouve parfois des femmes excisées rapportant moins certains comportements. Ailleurs, aucun lien n’est établi. Et dans d’autres études encore, elles rapportent davantage certains comportements ou commencent leur vie sexuelle plus tôt. Tout dépend de ce que l’on mesure, de la population étudiée et du contexte.

C’est précisément ce caractère fragmenté qui est important. La croyance, elle, ne promet pas un effet fragmenté. Elle affirme quelque chose de beaucoup plus simple : l’excision permettrait de mieux contrôler la sexualité féminine.

Les données disponibles ne permettent pas de soutenir cette promesse.

Elles ne montrent pas non plus que toutes les femmes excisées auraient davantage de comportements sexuels jugés indésirables. Ce serait simplement remplacer une généralisation par une autre. Elles montrent quelque chose de moins spectaculaire, mais probablement de plus proche de la réalité : le comportement sexuel humain ne se réduit pas à une modification anatomique.

Il dépend du mariage, des relations, du pouvoir dans le couple, du contexte social, des normes, de l’histoire personnelle et de nombreux autres facteurs. La sexualité ne se laisse pas enfermer dans une équation selon laquelle retirer une partie du corps suffirait à produire la « sagesse ».

C’est peut-être là que se trouve la réponse la plus importante. La croyance selon laquelle l’excision garantirait la chasteté avant le mariage ou la fidélité après repose sur une logique simple. Les données, elles, racontent une histoire beaucoup plus complexe. Et elles ne confirment pas cette promesse.