Un vaccin capable de prévenir la grande majorité des cancers du col de l'utérus existe. Pourtant, dans de nombreux pays africains, le déploiement de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) reste freiné par une question très concrète : qui va payer ? C'est pour y répondre que des chercheurs ont passé au crible 27 études scientifiques consacrées au financement de la vaccination anti-HPV sur le continent [1]. Leur revue de la littérature, menée de façon systématique, dresse un état des lieux à la fois éclairant et préoccupant.
Une dépendance encore massive aux bailleurs
Le constat principal de cette revue est sans détour : les programmes de vaccination dépendent encore lourdement de l'argent des donateurs internationaux, au premier rang desquels Gavi, l'Alliance du Vaccin. Cette organisation, qui aide les pays à faible revenu à acheter des vaccins, finance une part considérable des campagnes. À l'inverse, la contribution financière des États eux-mêmes reste souvent timide, quand elle n'est pas inexistante. Cette situation interroge la pérennité des programmes, car plusieurs pays sont engagés dans des processus de transition vers un financement plus autonome, sans disposer encore des marges budgétaires suffisantes.
Des coûts qui peuvent varier du simple au centuple
Combien coûte réellement une dose de vaccin anti-HPV ? Les chiffres varient énormément d'une étude à l'autre, en fonction du pays, de la stratégie de vaccination et de la manière de compter. Les chercheurs distinguent deux approches : les coûts financiers, qui correspondent aux dépenses réellement payées, et les coûts économiques, qui incluent la valeur des ressources déjà disponibles, comme les locaux ou le temps du personnel déjà rémunéré.
Dans les études analysées, le coût par dose, une fois ajusté à la valeur de 2025, s'étend de 0,32 à 26,50 dollars en coûts financiers, et de 1,63 à 60,36 dollars en coûts économiques. Pour une fille entièrement vaccinée, la facture grimpe de 8,31 à 53,69 dollars en coûts financiers, et de 21,53 à 122,31 dollars en coûts économiques. Avant cet ajustement, les chiffres rapportés étaient déjà très dispersés, allant par exemple de 0,27 à 19,76 dollars par dose en coûts financiers. Ces écarts considérables reflètent des réalités très différentes, mais ils rendent aussi les comparaisons directes délicates.
Les principaux postes de dépense ne se limitent pas au vaccin lui-même. Ils incluent la prestation des services, le personnel et surtout les activités déployées pour atteindre les filles non scolarisées. Aller chercher des adolescentes en dehors de l'école exige des équipes mobiles, du temps et des campagnes d'information, ce qui alourdit la note. Dans plusieurs contextes étudiés, la vaccination en milieu scolaire se révèle plus avantageuse. En s'appuyant sur les écoles, on vaccine un grand nombre d'élèves à moindre coût, sans avoir à organiser des rendez-vous individuels. Mais cette stratégie dépend du taux de scolarisation et de la capacité des écoles à mobiliser les élèves, un point qui varie fortement selon les pays.
Une seule dose pour alléger la facture
L'un des résultats les plus encourageants de cette revue concerne le schéma vaccinal. Historiquement, la vaccination contre le HPV nécessitait deux ou trois injections. Or, les études analysées indiquent qu'un schéma à dose unique offre une efficacité comparable tout en étant nettement moins cher et plus simple à mettre en œuvre. Chaque injection supplémentaire représente une visite de plus, souvent dans un centre de santé, ce qui peut être un obstacle pour les familles éloignées ou les adolescentes non scolarisées. Passer à une dose unique simplifie le parcours et diminue les occasions manquées.
Cette simplification ne se résume pas à un avantage financier. Elle allège aussi la charge logistique des programmes, qui doivent organiser moins de passages dans les écoles ou les centres de santé. Les données examinées suggèrent que la protection offerte reste du même ordre, ce qui en fait une piste sérieuse pour les pays aux ressources limitées. Les auteurs de la revue recommandent d'ailleurs d'accorder la priorité aux stratégies les plus rentables, dont la dose unique et la vaccination en milieu scolaire.
Qui paiera demain ?
Malgré ces pistes d'économie, la question du financement durable reste entière. Certaines études montrent que des particuliers sont prêts à payer de leur poche pour se faire vacciner, ce qui indique une demande réelle. Mais un modèle où chacun paie directement crée des inégalités : les familles les plus modestes risquent d'être laissées de côté. Pour protéger équitablement toutes les filles, les pays africains devront progressivement augmenter leur propre financement et renforcer leurs systèmes de santé, tout en continuant à bénéficier d'un appui extérieur transitoire.
L'appui de Gavi, s'il est essentiel aujourd'hui, ne peut être considéré comme une solution permanente. Plusieurs pays sont déjà engagés dans un processus de transition qui prévoit une prise en charge croissante par les budgets nationaux. Ce mouvement demande des choix explicites : privilégier les approches les plus efficaces, investir dans les structures de santé et anticiper le retrait progressif des bailleurs, sans laisser de côté les adolescentes les plus difficiles à atteindre.
Cette analyse n'est toutefois pas une image parfaite de la réalité. Elle ne s'appuie que sur des études publiées dans des revues scientifiques, laissant de côté les rapports gouvernementaux ou les évaluations de programmes qui pourraient apporter d'autres éclairages. De plus, les coûts ont été ajustés en fonction de l'inflation américaine, ce qui peut ne pas refléter fidèlement le pouvoir d'achat local ni les prix réels des vaccins dans chaque pays. Enfin, la grande variabilité des données incite à la prudence avant de généraliser des chiffres précis.
Le message central, lui, est solide : aujourd'hui, sans l'argent des donateurs, la vaccination contre le HPV en Afrique ne pourrait pas fonctionner à plein régime. Le schéma à une dose et la vaccination en milieu scolaire offrent des leviers concrets pour réduire les coûts, mais ils ne remplaceront pas un engagement financier plus fort des États. Le défi est double : trouver des économies immédiates grâce à des stratégies plus efficientes, et bâtir des mécanismes de financement nationaux qui survivront au retrait progressif des bailleurs. La revue, de nature descriptive, ne permet pas d'établir de lien de cause à effet ; elle suggère néanmoins des pistes d'action cohérentes avec les observations recueillies.
