Lorsqu’on pense à la prévention du diabète de type 2, on surveille d’abord la glycémie et le poids. Une étude clinique récente suggère pourtant qu’un fruit méconnu, le feijoa, pourrait avoir un intérêt sur un autre front : la pression artérielle. Et cela, même s’il ne modifie ni le poids ni la glycémie. Un résultat inattendu, qui invite à regarder au-delà des indicateurs habituels.
Le prédiabète touche de nombreuses personnes. Il se caractérise par une glycémie plus élevée que la normale, mais pas encore suffisante pour poser un diagnostic de diabète. Les personnes concernées présentent un risque accru de développer un diabète de type 2, mais aussi de souffrir de maladies cardiovasculaires. La pression artérielle est l’un des facteurs qui pèsent le plus dans ce risque. La faire baisser, même modestement, peut donc avoir un impact concret. Cette situation est fréquente et souvent silencieuse.
Pour explorer cette piste, des chercheurs ont mené un essai clinique auprès de 97 adultes en surpoids, pour la plupart obèses, et tous diagnostiqués prédiabétiques [1]. Ils ont réparti les participants par tirage au sort en deux groupes : 48 ont reçu chaque jour 1 150 milligrammes de poudre de fruit entier de feijoa, et 49 un placebo. Pendant les deux premiers mois, tous ont suivi un régime hypocalorique destiné à perdre du poids. Pendant les quatre mois suivants, ils ont bénéficié de conseils pour maintenir cette perte de poids. Les chercheurs ont mesuré le poids, la glycémie à jeun et la pression artérielle au début de l’étude, puis à deux, quatre et six mois. L’objectif était de voir si le feijoa pouvait renforcer les bénéfices du régime, en particulier sur la glycémie.
Une surprise du côté de la tension
Les résultats sur le poids et la glycémie ont été décevants pour le feijoa. Dans les deux groupes, le poids a diminué pendant le régime de deux mois, puis a progressivement remonté au cours des quatre mois suivants. La poudre de feijoa n’a fait aucune différence : la perte de poids et sa reprise ont été similaires chez ceux qui prenaient le complément et chez ceux qui prenaient le placebo. La glycémie à jeun a suivi la même trajectoire que le poids, baissant pendant le régime puis remontant légèrement, sans que le feijoa n’apporte un bénéfice supplémentaire. Autrement dit, le complément n’a pas aidé à mieux contrôler le poids ni la glycémie. Ce résultat est cohérent avec l’idée que le feijoa n’agit pas comme un coupe-faim ou un régulateur direct de la glycémie, du moins à la dose testée.
La pression artérielle systolique, en revanche, a raconté une autre histoire. Ce chiffre correspond à la pression exercée par le sang sur les parois des artères lorsque le cœur se contracte. Au fil des six mois, la pression artérielle systolique a évolué différemment selon les groupes : à quatre et six mois, elle était significativement plus basse chez les participants prenant la poudre de feijoa que chez ceux sous placebo. À deux mois, aucune différence nette n’était visible. En revanche, la pression diastolique, mesurée lorsque le cœur se relâche, n’a pas montré de différence entre les groupes. Le fait que la différence n’apparaisse qu’après plusieurs mois suggère que l’effet, s’il est réel, pourrait nécessiter une consommation régulière sur la durée.
Une baisse de quelques points de pression systolique peut sembler modeste, mais elle n’est pas anodine. Une tension élevée fatigue le cœur et abîme progressivement les artères. Pour des personnes prédiabétiques, déjà plus exposées aux maladies cardiovasculaires que la population générale, un effet sur la tension pourrait représenter un bénéfice complémentaire pertinent. Il ne s’agit encore que d’une piste, mais elle mérite l’attention. Ce contraste entre l’absence d’effet sur le poids et la glycémie et l’effet apparent sur la tension est intrigant. Il rappelle que les facteurs de risque métaboliques ne sont pas tous liés de la même manière, et qu’un aliment peut avoir des effets spécifiques sur certains paramètres.
Pourquoi le feijoa pourrait-il agir sur les vaisseaux ?
Les chercheurs n’ont pas d’explication certaine. Le feijoa est connu pour sa richesse en polyphénols, des composés naturellement présents dans de nombreux végétaux et dotés de propriétés antioxydantes. Sa poudre contient notamment une proportion élevée de catéchines. L’hypothèse avancée dans l’étude est que cette matrice polyphénolique pourrait avoir contribué aux bénéfices vasculaires observés, mais cela n’a pas été démontré directement. Le fruit contient aussi de l’acide abscissique, dont le rôle éventuel reste à explorer. Cette piste est plausible, mais elle devra être testée par des études dédiées.
Des résultats à confirmer
Cette étude comporte plusieurs limites qui imposent de la prudence. Le nombre de participants était relativement restreint, et le suivi n’a duré que six mois. Par ailleurs, certains participants n’ont pas terminé l’essai : pour analyser les données de tous, les chercheurs ont utilisé une méthode d’imputation qui estime les valeurs manquantes, ce qui introduit une incertitude supplémentaire. Enfin, l’effet sur la pression artérielle n’est apparu qu’après plusieurs mois, ce qui pourrait signifier qu’une consommation prolongée est nécessaire, mais cela reste à confirmer. De plus, tous les participants étaient en surpoids ou obèses et prédiabétiques, ce qui limite la généralisation des résultats à la population générale.
En pratique, ces résultats ne justifient pas de recommander la poudre de feijoa. Pour une personne prédiabétique ou en surpoids, la priorité reste une alimentation équilibrée, une perte de poids si elle est indiquée, et une activité physique régulière. Le feijoa pourrait, à terme, s’ajouter à ces piliers, mais seulement si des études plus vastes, plus longues et menées sur des populations diverses confirment son intérêt. L’histoire de ce fruit méconnu ne fait que commencer. En attendant, les personnes concernées ont tout intérêt à se concentrer sur les mesures dont l’efficacité est solidement établie, sans attendre un hypothétique complément.
