Pendant des décennies, le BCG a été le seul vaccin disponible contre la tuberculose. Imparfait, il protège surtout les jeunes enfants contre les formes graves, mais son efficacité chez l’adulte et contre la transmission reste limitée. Les chercheurs cherchent depuis longtemps un successeur capable de mieux prévenir la maladie. Le VPM1002, un vaccin génétiquement modifié dérivé du BCG, était un candidat prometteur. Une nouvelle étude menée en Afrique subsaharienne vient toutefois doucher les espoirs : chez les nourrissons, il n’a pas montré de supériorité et n’a même pas atteint le seuil requis pour être considéré comme équivalent au vaccin classique.
L’essai, de grande ampleur, a inclus près de 7 000 nouveau-nés en bonne santé répartis aléatoirement pour recevoir soit le VPM1002, soit le BCG. Les enfants ont été suivis pendant environ trois ans. Le critère principal était l’infection par la bactérie de la tuberculose, détectée par un test sanguin (QuantiFERON) qui repère une réaction immunitaire à Mycobacterium tuberculosis, même en l’absence de symptômes.
Un résultat décevant, mais des incertitudes majeures
Sur l’ensemble du suivi, 5,3 % des nourrissons vaccinés par VPM1002 ont présenté une conversion du test, signe d’une infection, contre 4,3 % dans le groupe BCG. Cette différence n’est pas statistiquement significative, mais elle va dans le mauvais sens : le nouveau vaccin semble légèrement moins protecteur. Surtout, les résultats sont fragiles en raison d’un problème de puissance statistique : l’étude a dû être interrompue plus tôt que prévu, car le nombre d’infections observées était bien inférieur aux attentes. Les chercheurs espéraient 632 événements, ils n’en ont eu que 334. Avec si peu de cas, il est difficile de distinguer une vraie différence d’un simple hasard.
D’autres limites viennent brouiller l’interprétation. Dans le groupe VPM1002, l’exposition à la tuberculose au sein des foyers était plus élevée, ce qui pourrait expliquer en partie le surplus d’infections. De plus, le test QuantiFERON ne reflète pas forcément l’évolution vers la maladie : beaucoup d’infections restent latentes et ne conduisent jamais à une tuberculose active. Enfin, le critère de non-infériorité était très strict, et le résultat se situe dans une zone grise.
Un profil de sécurité rassurant
Bonne nouvelle toutefois : le VPM1002 semble aussi bien toléré que le BCG. Aucun événement indésirable grave lié au vaccin n’a été signalé, et les taux de complications et de décès étaient similaires entre les deux groupes. Ce point est important pour les recherches futures.
Un avenir incertain pour la vaccination antituberculeuse
Cet essai ne permet pas de conclure que le VPM1002 est inefficace, mais il ne remplit pas les conditions pour remplacer le BCG dans la prévention de l’infection. Il illustre aussi la difficulté de mesurer l’efficacité d’un vaccin antituberculeux avec les outils actuels. La tuberculose reste une cause majeure de mortalité dans le monde, et le besoin d’un meilleur vaccin est criant. Les chercheurs devront poursuivre avec des critères plus robustes et un suivi plus long. [1]
