Il y a encore quelques années, obtenir une perte de poids conséquente avec un médicament relevait presque de l’exception. Aujourd’hui, le paysage a profondément changé. Une nouvelle génération de traitements est venue bouleverser les attentes, et la question n’est plus seulement « peut-on y arriver ? », mais plutôt « vers lequel se tourner lorsque plusieurs solutions efficaces existent ? ».
Très vite, une sorte de compétition s’est installée. À chaque nouvelle étude, un chiffre impressionnant circule. Et avec lui, la tentation de dresser un podium : celui-ci ferait perdre davantage de poids que celui-là, un troisième ferait encore mieux. Le problème, c’est que la science ne fonctionne pas comme un classement sportif.
Une course qui peut fausser le regard
L’envie de comparer les gros chiffres d’un essai à l’autre est compréhensible. Mais deux études différentes ne font pas forcément participer les mêmes personnes, pendant la même durée et dans les mêmes conditions. Comparer directement leurs résultats, c’est un peu comme vouloir savoir qui court le plus vite en comparant le chronomètre d’un athlète sur une piste mouillée avec celui d’un autre sur une piste sèche.
Le plus gros chiffre ne désigne donc pas automatiquement le médicament le plus efficace. Pour savoir si un traitement fait réellement mieux qu’un autre, la comparaison devient beaucoup plus intéressante lorsque les deux sont testés directement l’un contre l’autre.
Quand deux traitements se retrouvent vraiment face à face
Une étude publiée en 2025 a comparé directement le tirzepatide et le semaglutide chez 751 adultes vivant avec une obésité et sans diabète, suivis pendant environ un an et demi [1]. Cette fois, les deux médicaments participaient à la même « course ».
À la fin de l’étude, la perte de poids moyenne était d’un peu plus de 20 % avec le tirzepatide, contre près de 14 % avec le semaglutide [1]. Pour comprendre ce que cela représente, imaginons une personne qui pèse 100 kilos au départ. Ces moyennes correspondraient à environ 20 kilos perdus avec le premier traitement contre 14 kilos avec le second.
La différence est suffisamment importante pour répondre à une question précise : dans cette étude et chez les personnes qui y ont participé, le tirzepatide a entraîné en moyenne une perte de poids plus importante que le semaglutide. Voilà ce qu’une véritable comparaison directe permet de dire.
Elle ne permet pas, en revanche, de proclamer que le tirzepatide est désormais « le meilleur médicament contre l’obésité » pour tout le monde. L’étude était ouverte et financée par le fabricant du tirzepatide [1]. Et surtout, faire perdre davantage de poids n’est qu’une partie de la réponse.
Le meilleur n’est pas forcément celui qui fait perdre le plus
Pendant que ces traitements sont comparés, d’autres options continuent d’être étudiées. La recherche avance rapidement et les choix pourraient encore s’élargir dans les prochaines années. Mais la quête du traitement « le plus puissant » risque de faire oublier ce qui se passe réellement lorsqu’une personne doit choisir un médicament.
Deux personnes peuvent prendre le même traitement et ne pas vivre la même expérience. L’une peut obtenir une perte de poids importante mais supporter difficilement certains effets indésirables. Une autre peut perdre un peu moins de poids avec un autre médicament, tout en le tolérant beaucoup mieux.
Les troubles digestifs, notamment les nausées, la diarrhée, les vomissements ou la constipation, font partie des effets indésirables fréquemment observés avec ces traitements [1]. L’état de santé compte également. Les antécédents médicaux, les autres traitements pris par la personne et les problèmes de santé qui accompagnent éventuellement l’obésité peuvent peser dans la décision.
C’est pourquoi le meilleur traitement n’est pas nécessairement celui qui affiche la plus forte perte de poids moyenne dans une étude. C’est celui qui convient le mieux à la personne qui doit le prendre : suffisamment efficace pour apporter un bénéfice, suffisamment bien toléré pour pouvoir être poursuivi et adapté à sa situation médicale.
L’Organisation mondiale de la Santé rappelle d’ailleurs que les médicaments contre l’obésité doivent s’inscrire dans une prise en charge globale et être utilisés en tenant compte de la situation de chaque personne [2]. Le choix ne devrait donc pas se faire seul devant un classement, une vidéo ou le témoignage spectaculaire de quelqu’un d’autre. Il mérite une discussion avec le médecin traitant, qui peut mettre en balance les résultats attendus, les effets indésirables, l’état de santé et les autres éléments propres à la personne.
Finalement, la multiplication des nouveaux médicaments change peut-être surtout la question que l’on devrait se poser. Non plus seulement : « Lequel fait perdre le plus de poids ? » Mais : « Parmi ceux qui fonctionnent, lequel me convient le mieux ? »





