Pour quatre décès d'enfants sur cinq étudiés dans plusieurs régions d'Afrique et d'Asie du Sud, la conclusion a été la même : il existait des moyens déjà disponibles pour tenter d'éviter cette mort. C'est ce que révèle une vaste surveillance menée de 2016 à 2024 dans sept pays : Bangladesh, Éthiopie, Kenya, Mali, Mozambique, Sierra Leone et Afrique du Sud, selon les résultats publiés par le réseau Child Health and Mortality Prevention Surveillance (CHAMPS) [1].

Jusque-là, dans de nombreuses zones à forte mortalité, les causes de décès des enfants restaient souvent imprécises. Les systèmes de santé s'appuyaient surtout sur des entretiens avec les familles, sans confirmation en laboratoire. Le réseau CHAMPS a changé la donne en utilisant une technique d'autopsie dite mini-invasive : au lieu d'ouvrir complètement le corps, les équipes prélèvent de minuscules échantillons de tissus à l'aide d'aiguilles fines. Ces échantillons sont ensuite analysés en laboratoire pour détecter des microbes, des anomalies ou des signes d'infection. Un panel de médecins et de scientifiques, appelé DeCoDe, examine ensuite l'ensemble des informations, y compris les dossiers médicaux et les entretiens avec les proches, pour déterminer les causes les plus probables. Cette approche a permis d'obtenir des diagnostics beaucoup plus précis que les méthodes classiques, même dans des contextes aux ressources limitées.

Une image précise des causes de décès

Au total, 8 500 décès ont fait l'objet d'une détermination complète des causes : 3 199 mort-nés (37,6 %), 3 230 décès néonatals (38,0 %) et 2 071 décès de nourrissons et de jeunes enfants (24,4 %). Les données dessinent un tableau très différent selon l'âge. Chez les mort-nés, l'asphyxie ou le manque d'oxygène autour de la naissance a été identifié dans près de huit cas sur dix (79,1 %). Ces situations étaient souvent associées à des problèmes de santé de la mère, comme une tension artérielle élevée, des anomalies du placenta ou des infections de l'utérus.

Chez les bébés décédés au cours des 28 premiers jours de vie, trois grandes causes se détachent : les complications liées à la prématurité (39,7 %), le manque d'oxygène pendant l'accouchement (37,7 %) et les infections généralisées graves, appelées sepsis (36,5 %). Pour les enfants âgés de plus d'un mois à cinq ans, les infections respiratoires basses, comme les pneumonies, ont été impliquées dans 37,4 % des décès, suivies du sepsis (36,9 %), de la malnutrition (27,3 %), du paludisme (22,1 %) et des diarrhées sévères (17,3 %). Ces causes se cumulent souvent : chez les nouveau-nés, 44,3 % des décès présentaient au moins deux conditions dans la chaîne qui a conduit à la mort ; chez les plus grands, ce chiffre atteignait 67,9 %.

La présence simultanée de plusieurs causes complique l'attribution d'un seul responsable et montre à quel point la santé de la mère et celle de l'enfant sont étroitement liées. Les données indiquent en effet que les problèmes de santé maternelle sont fréquemment associés aux décès, en particulier chez les mort-nés (71,1 %) et les nouveau-nés (58,2 %), principalement des complications placentaires et des troubles de la tension artérielle.

La malnutrition apparaît comme une réalité préoccupante chez les enfants décédés. Parmi ceux dont les mesures de croissance étaient disponibles, 61,3 % présentaient un poids insuffisant pour leur âge, 61,3 % un amaigrissement important, et 43,0 % un retard de croissance, selon les normes de l'Organisation mondiale de la santé. Ces chiffres illustrent l'ampleur de la sous-nutrition dans ces contextes et son chevauchement fréquent avec les maladies infectieuses.

Les infections, un fardeau majeur et souvent multiple

Au total, une infection a contribué à la mort dans 59,3 % des décès de nouveau-nés, nourrissons et jeunes enfants, hors mort-nés. Lorsqu'un microbe a été identifié comme cause, parmi les 2 749 décès concernés, près de la moitié des cas (44,5 %) impliquaient plusieurs microbes différents en même temps. Les bactéries appartenant à un groupe appelé Gram négatif étaient les plus fréquentes, notamment Klebsiella pneumoniae et Acinetobacter baumannii. Cette précision est précieuse : elle indique que les infections ne sont pas toujours dues à un seul agent et que les stratégies de prévention doivent tenir compte de cette diversité. Selon les auteurs, cette prédominance de bactéries Gram négatif renforce la nécessité de la prévention et du contrôle des infections et du développement d'outils préventifs, notamment des vaccins.

Des décès évitables à plus de 80 %

Sur 7 558 décès pour lesquels l'évitabilité a été évaluée, 80,7 % ont été jugés évitables ou potentiellement évitables. Autrement dit, dans huit cas sur dix, des interventions déjà disponibles, comme un meilleur suivi prénatal, une gestion plus réactive des accouchements ou un contrôle renforcé des infections, auraient pu changer l'issue. Les problèmes de santé de la mère étaient souvent en cause : ils ont été identifiés dans 71,1 % des mort-nés et 58,2 % des décès néonatals, principalement des complications placentaires et des troubles de la tension artérielle.

Ces résultats ne signifient pas que les familles ou les soignants n'ont pas fait ce qu'il fallait. Ils mettent en lumière des obstacles importants, notamment l'accès aux soins, la qualité du suivi des grossesses et la prévention des infections. Les auteurs de l'étude estiment qu'un renforcement des soins prénatals, de la prise en charge des accouchements et du contrôle des infections pourrait avoir un impact majeur. Ces mesures existent déjà, mais ne sont pas toujours appliquées à temps.

Ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Tous les décès survenus dans ces zones n'ont pas pu être inclus, car l'accord des familles était nécessaire pour réaliser les prélèvements. De plus, l'appréciation de l'évitabilité repose sur l'avis d'experts et peut varier selon les contextes. Enfin, les zones étudiées ne reflètent pas nécessairement l'ensemble des pays concernés. Malgré ces limites, l'étude montre qu'une meilleure connaissance des causes précises est possible, même dans des régions aux ressources limitées, et qu'elle peut guider les efforts de prévention là où ils sont le plus nécessaires.