Deux vaccins inactivés contre l’hépatite A utilisent des souches virales différentes. L’un repose sur la souche TZ84, l’autre sur la souche HM175. Des observations ponctuelles laissaient penser que la première stimulait davantage le système immunitaire, mais aucune comparaison systématique n’avait été menée chez l’enfant et l’adolescent.

Pour y voir plus clair, une équipe de chercheurs a mené une revue systématique avec méta-analyse. Cette approche consiste à rassembler toutes les études disponibles sur une question précise, à évaluer leur qualité, puis à combiner leurs résultats lorsque cela est possible. Les auteurs ont recherché des études comparant directement les vaccins basés sur les souches TZ84 et HM175 chez des enfants ou des adolescents, en excluant celles menées chez des adultes ou des personnes immunodéprimées.

Au final, sept publications issues de quatre essais cliniques randomisés ont été retenues, totalisant 3 282 participants [1]. Cette synthèse, publiée dans la revue Human Vaccines & Immunotherapeutics, compare la capacité de chaque famille de vaccins à faire produire des anticorps protecteurs et examine les effets indésirables. Les chercheurs ont également évalué le risque de biais de chaque étude à l’aide d’un outil standardisé, une étape importante car la qualité des études incluses conditionne la fiabilité de la synthèse.

Deux souches, une même technologie

Les vaccins basés sur la souche TZ84 sont notamment commercialisés sous les noms HAPIBEV et HEALIVE, tandis que le vaccin HM175 le plus étudié est HAVRIX. Les deux familles reposent sur le même principe : le virus de l’hépatite A est rendu inactif, incapable de se répliquer, tout en conservant sa capacité à déclencher une réponse immunitaire. Mais la souche virale utilisée pour fabriquer le vaccin peut influencer la qualité de cette réponse. C’est précisément ce que cette synthèse cherchait à éclaircir.

Une réponse immunitaire plus forte et plus durable

Après une vaccination, le système immunitaire fabrique des anticorps dirigés contre le virus. Ces protéines sont des marqueurs de la réponse immunitaire : leur présence indique que l’organisme a réagi au vaccin. La proportion de personnes qui développent de tels anticorps est un premier indicateur de la réponse au vaccin.

Dans les données regroupées, les vaccins basés sur la souche TZ84 étaient associés à une probabilité plus élevée de développer des anticorps un mois après la première dose. Cette différence restait observable après la seconde dose. La quantité d’anticorps produite compte également : sept mois après la vaccination, les concentrations mesurées étaient en moyenne plus élevées chez les enfants ayant reçu un vaccin TZ84 que chez ceux ayant reçu un vaccin HM175.

Cette différence ne se limite pas aux premiers mois. Dans les études avec le suivi le plus long, allant jusqu’à 15,5 ans, les concentrations d’anticorps rapportées demeuraient supérieures avec la souche TZ84. La persistance des anticorps est un enjeu majeur pour un vaccin. Si les anticorps disparaissent trop rapidement, la protection peut s’estomper et nécessiter des rappels. Les données disponibles suggèrent donc que les vaccins TZ84 pourraient maintenir des concentrations plus élevées pendant une période prolongée.

Il faut toutefois garder à l’esprit que la réponse immunitaire mesurée dans le sang n’est qu’un indicateur indirect de la protection. Les anticorps sont un critère de substitution : ils ne reflètent qu’indirectement la protection contre la maladie. Pour démontrer une supériorité clinique, il faudrait des essais comparant directement le nombre d’infections par le virus de l’hépatite A survenant après vaccination avec chaque type de vaccin. De tels essais n’existent pas encore.

En résumé, les vaccins TZ84 ne déclenchent pas seulement plus souvent une réponse immunitaire. Cette réponse paraît également plus intense et plus durable. C’est un point intéressant pour la protection à long terme, même si la signification clinique exacte reste à préciser.

Des effets secondaires similaires

Quand un vaccin provoque une réponse immunitaire plus forte, on pourrait redouter davantage d’effets secondaires. Les données disponibles ne vont pas dans ce sens. Les effets indésirables rapportés, le plus souvent des réactions locales comme une douleur au point d’injection, étaient aussi fréquents avec les deux familles de vaccins. Aucune différence notable de sécurité n’a été observée.

Une base scientifique encore fragile

Malgré leur intérêt, ces conclusions appellent à la prudence. Le nombre d’essais cliniques uniques est faible : seuls quatre essais randomisés sont à l’origine des sept publications analysées. La grande majorité des études proviennent de Chine, ce qui peut limiter la généralisation des résultats à d’autres populations. Les études présentent aussi des différences méthodologiques, ou hétérogénéité, qui rendent la synthèse moins robuste. Surtout, la comparaison repose sur des marqueurs biologiques, les anticorps, et non sur le nombre réel d’infections évitées.

Les auteurs ont noté que cette hétérogénéité pouvait provenir de différences dans la manière dont les études avaient été menées ou dans les populations incluses. Ils ont utilisé des méthodes statistiques pour en tenir compte, mais la prudence reste de mise. Le niveau de certitude des preuves est jugé faible, ce qui signifie que de nouvelles études pourraient modifier ces conclusions.

Les auteurs de la synthèse insistent sur la nécessité de confirmer ces observations dans des essais plus larges et plus diversifiés avant de conclure à une supériorité clinique. En l’état, les données ne permettent pas d’affirmer qu’un vaccin protège mieux que l’autre dans la vie réelle. Elles mettent en évidence une différence de réponse immunitaire qui mérite d’être explorée plus avant.

Pour les enfants et les adolescents, les deux familles de vaccins présentent des profils de sécurité comparables d’après cette analyse. La question de la durée de protection et de son importance clinique reste ouverte. Les futures études devraient idéalement inclure des populations plus variées et mesurer directement la survenue d’infections.