La dépression est une compagne difficile. Elle pèse sur le quotidien, les émotions, l’énergie. Et on sait depuis longtemps qu’elle peut fragiliser le corps, augmentant le risque de maladies cardiaques ou de certains cancers. Mais pour le cancer colorectal, troisième cancer le plus fréquent dans le monde, le scénario pourrait être différent. Une nouvelle étude, menée sur plus de 90 000 infirmières américaines, vient bousculer les attentes : les femmes souffrant de dépression semblent moins à risque.

Moins de cancers et de polypes chez les femmes dépressives

L’équipe de chercheurs a suivi pendant plus de vingt ans des infirmières de la cohorte Nurses’ Health Study II, un immense réservoir de données sur la santé des femmes [1]. La dépression n’y était pas évaluée par un simple ressenti, mais par une définition exigeante : il fallait cumuler un score faible à un questionnaire de santé mentale, la prise régulière d’antidépresseurs ou un diagnostic posé par un médecin. Résultat : sur la période, 474 participantes ont développé un cancer colorectal. Et le constat est frappant. Les femmes qui remplissaient les critères de la dépression avaient un risque de cancer réduit de 24 % par rapport aux autres. Traduit en chiffres plus parlants, cela signifie que pour 100 femmes suivies, le nombre de nouveaux cas passerait d’environ 5 à 4 en présence de dépression.

Ce bouclier apparent ne s’arrêtait pas au cancer. Les scientifiques ont aussi examiné les résultats d’endoscopies chez plus de 62 000 participantes. Là encore, les femmes dépressives présentaient moins d’adénomes conventionnels, ces polypes précancéreux qui peuvent se transformer en tumeur maligne. La réduction atteignait 24 % pour les adénomes de grande taille, ceux dont le potentiel cancéreux est le plus élevé [1]. En revanche, un autre type de lésion, les polypes festonnés, restait insensible à cet effet. Le lien entre dépression et cancer colorectal semblait donc suivre un chemin bien précis.