Dans l’assiette d’un jeune enfant mauritanien, les saveurs se répètent souvent. Lait, céréales, un peu de viande peut-être, mais rarement un œuf, un fruit ou une légumineuse. Résultat : moins d’un enfant sur cinq, entre 6 et 23 mois, reçoit chaque jour une alimentation suffisamment variée pour soutenir sa croissance.

C’est ce que montre une analyse approfondie des données de l’Enquête démographique et de santé de Mauritanie (2019-2021), portant sur 3 233 enfants [1]. Seuls 19,24 % d’entre eux atteignent le seuil minimal de diversité recommandé : avoir consommé au moins cinq groupes d’aliments différents dans les dernières 24 heures. En moyenne, les enfants ne touchent qu’à trois des huit groupes possibles.

Une assiette qui manque de couleurs

Les produits laitiers arrivent largement en tête, présents chez 63,57 % des tout-petits. Viennent ensuite les céréales et les tubercules. Mais les autres familles d’aliments, pourtant essentielles, restent dramatiquement absentes. À peine 8,26 % des enfants mangent un œuf, 13,74 % consomment d’autres fruits et légumes que ceux riches en vitamine A, et seuls 16,84 % ont accès aux légumineuses et noix.

Ces carences ne sont pas sans conséquences. Les premières années de vie sont une fenêtre critique pour le développement du cerveau, du système immunitaire et de la stature. Un déficit nutritionnel à cet âge peut laisser des traces durables, parfois irréversibles.

Éducation, argent, médias : les leviers qui comptent

L’étude identifie plusieurs facteurs associés à une meilleure diversité alimentaire, sans pour autant prouver qu’ils en sont la cause directe. Les enfants de 18 à 23 mois ont presque deux fois plus de chances d’avoir une alimentation variée que les plus jeunes. L’éducation de la mère joue aussi : un niveau secondaire ou supérieur augmente la probabilité de 40 %. Même constat pour les ménages les plus riches (57 % de chances en plus) et pour les mères exposées aux médias, comme la télévision ou la radio (33 % de chances supplémentaires).

En revanche, vivre en zone rurale réduit ces chances de 26 % – un écart qui reflète probablement des difficultés d’accès aux marchés, des revenus plus faibles et une offre alimentaire moins diversifiée. Appartenir à un ménage de grande taille est également un frein significatif.

Des corrélations, pas des certitudes

Un point de prudence s’impose. Toutes ces associations sont tirées d’une étude transversale, une photographie à un instant donné, incapable de démontrer un lien de cause à effet. Le fait que des mères éduquées ou aisées offrent une alimentation plus variée ne signifie pas que l’éducation ou l’argent agissent comme des baguettes magiques. D’autres facteurs non mesurés – traditions culinaires, disponibilité saisonnière, état de santé de l’enfant – pourraient peser tout autant, voire davantage.