Imaginez un instant que l’on puisse simplement protéger un enfant contre plusieurs maladies graves en un seul geste. C’est exactement ce que propose la vaccination de routine, mais dans certaines régions du monde, ce geste reste trop rare. En Mauritanie, le district de Bassikounou et le camp de réfugiés de Mbera concentrent des communautés migrantes où la couverture vaccinale accusait un retard préoccupant.
Pour y remédier, les autorités sanitaires et Médecins Sans Frontières ont lancé en 2018 deux vastes campagnes de rattrapage. Leur originalité ? Proposer en même temps plusieurs vaccins contre la polio, les infections à pneumocoque, le rotavirus, la diphtérie, le tétanos et d’autres menaces à tous les enfants âgés de 6 semaines à 59 mois. L’objectif était de rattraper d’un coup ceux qui étaient passés entre les mailles du filet.
Une étude menée auprès des ménages avant et après ces interventions permet aujourd’hui de mesurer leur effet [1]. Les résultats sont encourageants : la proportion d’enfants de 12 à 59 mois complètement vaccinés est passée de 59,9 % à 84,7 % dans le district de Bassikounou et de 65,8 % à 75,9 % dans le camp de Mbera. En clair, pour chaque groupe de dix enfants qui n’étaient pas protégés avant la campagne, six à sept d’entre eux le sont désormais.
Pourquoi ces enfants échappaient à la vaccination
Derrière ces chiffres se cachent des réalités humaines. Les parents interrogés citent d’abord l’absence du domicile au moment des séances, un manque de motivation, une initiation trop tardive ou simplement un manque d’information. On est loin d’un refus catégorique des vaccins : il s’agit plutôt d’obstacles pratiques et d’un déficit de communication, que des campagnes bien menées peuvent en partie surmonter.
Un succès à nuancer
Malgré ces progrès, l’objectif de 90 à 95 % d’enfants vaccinés, seuil visé pour interrompre la transmission des maladies, n’a pas été franchi. L’étude comporte certaines limites : elle s’appuie sur les déclarations des familles et les carnets de vaccination, ce qui peut entraîner des oublis ou des erreurs. Surtout, en l’absence d’un groupe témoin, il est impossible d’affirmer avec certitude que l’amélioration est due uniquement aux campagnes. D’autres facteurs, comme une sensibilisation croissante ou des changements dans l’accès aux soins, ont pu jouer un rôle.