Un vaccin peut être fabriqué, livré dans un pays et pourtant ne jamais atteindre tous les enfants qui devraient le recevoir. C’est le paradoxe actuel de la vaccination contre le paludisme. En 2026, 25 pays africains proposent ces vaccins et plus de 10 millions d’enfants sont ciblés chaque année [1]. Gavi indique avoir livré plus de 39 millions de doses aux pays ayant introduit la vaccination avec son soutien [2]. Dans le même temps, l’OMS considère que l’offre actuelle des deux vaccins est suffisante pour répondre à la forte demande [1]. Le problème n’est donc plus de fabriquer des doses, mais de payer leur administration.
Le prix du flacon n’est pas le prix du programme
Grâce au système de cofinancement de Gavi, l’alliance internationale qui aide les pays à faible revenu à acheter des vaccins, de nombreux pays soutenus peuvent contribuer à hauteur d’environ 0,20 dollar par dose [1]. Ce chiffre peut donner l’impression que la vaccination coûte très peu. Mais ce n’est que le prix d’entrée. Une dose doit encore être livrée, administrée et enregistrée. Il faut payer le transport, le personnel de santé, les registres de suivi. Et les enfants doivent revenir plusieurs fois : sans services capables de suivre ces rendez-vous, les doses restent dans les cartons.
Des études économiques menées dans différents programmes africains montrent à quel point les estimations changent selon le prix supposé du vaccin et la façon dont il est délivré [3-5]. Certaines analyses ont travaillé avec une hypothèse autour de 5 dollars par dose, d’autres autour de 3 dollars. Ces valeurs servent aux calculs des chercheurs et ne constituent pas un prix universel. Le message important est ailleurs : le vaccin n’est qu’une partie de la facture.
Un pays peut avoir des doses sans pouvoir atteindre sa cible
L’OMS signale que le manque de financement limite aujourd’hui l’extension nationale de la vaccination et la capacité de certains pays à atteindre ou maintenir leurs objectifs de couverture [1]. Concrètement, un district peut avoir assez de doses pour vacciner tous ses enfants, mais pas de quoi payer les équipes mobiles ou organiser les séances de vaccination. Le programme s’arrête alors à mi-chemin.
Le soutien international reste déterminant, tout comme la part de financement que les pays peuvent mobiliser eux-mêmes. Et la pression ne va pas diminuer : la vaccination contre le paludisme demande plusieurs doses, et chaque nouvelle génération d’enfants crée un besoin qui revient année après année.
Un vaccin disponible n’est pas encore une politique financée
La réussite des vaccins antipaludiques se jouera donc aussi dans les budgets. La science a franchi l’obstacle qui semblait autrefois le plus difficile : fabriquer des vaccins capables de protéger les enfants contre le paludisme. L’étape suivante est moins spectaculaire mais tout aussi décisive : financer durablement leur administration à l’échelle voulue.
Une dose qui dort dans un entrepôt ne protège personne. Pour qu’elle fasse son travail, il faut financer le dernier kilomètre, celui qui va du dépôt au centre de santé, puis du centre de santé au bras de l’enfant. Tant que ce trajet n’est pas payé, une partie du potentiel de ces vaccins restera hors de portée. Ce n’est pas une fatalité : des choix budgétaires peuvent changer la donne. Mais ils doivent être faits maintenant.
