RTS,S et R21 ont prouvé qu’un vaccin antipaludique était possible. Leur protection reste pourtant partielle. La recherche essaie désormais de faire mieux : protéger plus longtemps, attaquer le parasite à d’autres moments de son cycle et peut-être empêcher sa transmission. À côté des vaccins, des anticorps injectés directement ouvrent une autre voie.
Quand RTS,S a été recommandé en 2021, puis R21 en 2023, la question a changé de nature. Il ne s’agissait plus de savoir si un vaccin contre le paludisme était possible, mais comment améliorer un outil encore imparfait. Les deux vaccins actuels ciblent une étape très précoce du parasite, avant qu’il n’entre dans le sang. Ils réduisent le risque de maladie, mais ne bloquent pas toutes les infections [1]. La prochaine génération devra donc élargir ou prolonger cette protection.
D’abord, faire durer la protection
Dans les régions où le paludisme circule fortement, un enfant peut être exposé de façon répétée au parasite au cours de ses premières années. Une protection qui s’estompe vite oblige à multiplier les rappels et complique les programmes de vaccination. Prolonger l’immunité est donc une priorité. Mais c’est difficile : le parasite passe par plusieurs stades au cours de son cycle, ce qui rend la tâche plus complexe que pour un simple virus.
Attaquer le parasite au moment où il atteint le sang
Après son passage par le foie, le parasite envahit les globules rouges. C’est à ce moment que la maladie se manifeste. Un candidat nommé RH5.1 cherche à empêcher le parasite d’entrer dans ces cellules. Dans un essai précoce mené en Tanzanie chez des adultes et des enfants, ce candidat s’est montré sûr et a déclenché une réponse immunitaire [2]. Mais une réponse immunitaire ne prouve pas encore que le vaccin évitera le paludisme chez les enfants : RH5.1 reste expérimental.
Couper la route vers le moustique
Une autre famille de candidats ne cherche pas d’abord à protéger la personne vaccinée, mais à empêcher le parasite de repartir vers le moustique. Le principe est étonnant : une personne vaccinée produit des anticorps. Lorsqu’un moustique la pique, il absorbe ces anticorps avec le sang, et ceux-ci peuvent gêner le développement du parasite dans l’insecte. Un candidat visant la protéine Pfs230 a été testé chez des adultes au Mali [3]. Son critère principal précoce n’a pas montré la réduction attendue de la transmission, même si certains signaux observés plus tard justifient de poursuivre les recherches. C’est un bon exemple de la distance qui sépare une idée séduisante d’un outil réellement efficace.
Injecter directement des anticorps, une piste qui n’est pas un vaccin
Les anticorps monoclonaux ajoutent une autre possibilité. Au lieu d’apprendre au système immunitaire à fabriquer ses propres anticorps, on injecte directement un anticorps conçu pour neutraliser le parasite. Ce n’est pas une vaccination : la protection est passive. L’anticorps L9LS a été testé au Mali chez des enfants de 6 à 10 ans. Selon la dose, il a réduit les infections d’environ 66 à 70 % et les épisodes de paludisme clinique d’environ 67 à 77 % pendant six mois [4]. Un essai plus récent au Kenya a étudié cette approche chez des nourrissons et de jeunes enfants exposés à une transmission continue [5].
Ces résultats sont prometteurs, mais L9LS n’est pas le « prochain vaccin ». C’est un outil immunologique différent, dont la place future reste à déterminer. D’autres essais montrent d’ailleurs que toutes les pistes ne réussissent pas. Chez des nourrissons au Kenya, un candidat utilisant des parasites entiers atténués, PfSPZ, n’a pas réduit significativement le critère principal d’infection dans l’essai concerné [6].
La prochaine génération de protection immunologique contre le paludisme ne sera donc probablement pas un produit miraculeux. Le chantier consiste à trouver une protection plus durable, plus large et plus simple à utiliser, sans confondre une piste expérimentale avec une solution déjà prête.
