On imagine souvent l’obésité et la fonte musculaire comme deux problèmes opposés. D’un côté, des kilos en trop ; de l’autre, une silhouette qui s’amenuise. Pourtant, elles peuvent cohabiter dans un même corps, surtout après 50 ans. Les spécialistes appellent cela l’obésité sarcopénique : une accumulation de graisse associée à une perte de masse et de force musculaire. Un double fardeau qui accroît le risque de chutes, de dépendance et de maladies chroniques.

Longtemps restée dans l’ombre, cette condition intrigue aujourd’hui les chercheurs. Et si notre assiette pouvait influencer ce duo silencieux ? C’est la piste explorée par une équipe de l’Université de Cambridge, qui s’est plongée dans les données de près de 15 000 Britanniques âgés de 40 à 79 ans suivis pendant plusieurs années dans le cadre de la cohorte EPIC-Norfolk [1].

Un lien étonnant entre protéines et obésité sarcopénique

Les scientifiques ont épluché les journaux alimentaires des participants. Leur constat : plus les apports en protéines étaient élevés, moins l’obésité sarcopénique semblait fréquente. Les personnes qui en consommaient le plus – qu’il s’agisse de viande, de poisson, de produits laitiers ou de protéines végétales comme les légumineuses – avaient une probabilité nettement plus faible d’être concernées. Un signal fort, qui se maintient même en tenant compte de l’âge, du sexe, du tabagisme ou de certaines maladies chroniques.

L’étude ne permet pas de fixer un seuil précis à partir duquel les bénéfices apparaissent. Mais elle suggère que l’effet protecteur pourrait se manifester dès que l’on dépasse les apports modestes, et qu’il serait particulièrement visible chez les femmes, les fumeurs ou les personnes vivant avec un diabète ou une bronchite chronique.