En juin 2026, Francine Ntoumi est élue secrétaire générale de l’Académie africaine des sciences pour le mandat 2026-2029 [1]. Cette responsabilité continentale couronne un parcours scientifique remarquable. Mais elle éclaire surtout ce qui distingue son œuvre : la volonté de bâtir en Afrique centrale les institutions, les compétences et les réseaux nécessaires pour que la région produise elle-même une partie des connaissances dont dépend sa santé.

Du laboratoire à la construction d’institutions

Née à Brazzaville, Francine Ntoumi poursuit ses études en France. Elle obtient une licence de biologie en 1989, puis un doctorat en sciences à l’Université Pierre-et-Marie-Curie en 1992. Elle commence sa carrière dans la recherche sur le paludisme à l’Institut Pasteur de Paris, avant de travailler au Centre international de recherches médicales de Franceville, au Gabon, puis à l’hôpital Albert-Schweitzer de Lambaréné et à l’Institut de médecine tropicale de l’Université de Tübingen, en Allemagne [2].

Ce parcours lui apporte une expérience en immunologie, en épidémiologie moléculaire et en recherche clinique. Il lui révèle aussi un déséquilibre persistant : les maladies étudiées touchent massivement l’Afrique, tandis qu’une grande partie des laboratoires, des moyens et des décisions scientifiques restent situés hors du continent.

Francine Ntoumi choisit de répondre à cette situation non seulement comme chercheuse, mais comme bâtisseuse. En 2008, elle crée la Fondation congolaise pour la recherche médicale. La structure conduit des travaux sur le paludisme, le VIH, la tuberculose et d’autres maladies infectieuses, forme de jeunes scientifiques et développe des capacités locales de recherche clinique [3].

Créer une institution scientifique dans un environnement où les ressources sont limitées ne consiste pas seulement à trouver un bâtiment et des équipements. Il faut former des équipes, établir des procédures, obtenir des financements, convaincre des partenaires et démontrer qu’une recherche menée localement peut répondre aux standards internationaux.

Former une génération, pas seulement conduire des projets

Le fil conducteur de son parcours est le renforcement des capacités scientifiques. La Fondation indique avoir formé plus de quarante étudiants de master et vingt doctorants, ainsi que plus de 1 800 professionnels de santé lors d’ateliers de formation [4]. Ces chiffres sont ceux communiqués par l’institution, mais ils donnent la mesure d’une stratégie : faire durer la recherche au-delà d’un projet ou d’une personne.