En novembre 2018, alors qu’une nouvelle flambée d’Ebola frappait l’est de la République démocratique du Congo, les équipes soignantes devaient affronter deux urgences à la fois : sauver des malades atteints d’une infection souvent mortelle et continuer à travailler dans une région marquée par l’insécurité. C’est dans ce contexte qu’un essai clinique international, baptisé PALM, a comparé quatre traitements expérimentaux dans plusieurs centres de prise en charge.
Quatre traitements comparés dans un même essai
Tous les participants avaient une infection confirmée par le virus Ebola et recevaient les soins de soutien disponibles. Ils étaient répartis au hasard entre quatre options : ZMapp, utilisé comme comparateur, le remdésivir, l’anticorps monoclonal mAb114 et la combinaison d’anticorps REGN-EB3. Le critère principal était simple et crucial : savoir combien de patients étaient encore en vie 28 jours après leur inclusion.
Au total, 681 personnes ont été recrutées entre novembre 2018 et août 2019. Une analyse intermédiaire planifiée a montré que deux traitements, mAb114 et REGN-EB3, réduisaient davantage la mortalité que ZMapp. Le comité indépendant de suivi a alors recommandé de ne plus attribuer de nouveaux patients à ZMapp ou au remdésivir dans le cadre de l’essai.
Deux traitements ont fait mieux que le comparateur
À 28 jours, 35,1 % des patients du groupe mAb114 étaient décédés, contre 49,7 % dans le groupe ZMapp. Pour REGN-EB3, la mortalité était de 33,5 %, contre 51,3 % dans le sous-groupe ZMapp recruté pendant la même période. Ces écarts étaient statistiquement significatifs. L’essai a donc apporté une preuve solide que ces deux traitements étaient supérieurs à ZMapp pour réduire la mortalité liée à Ebola [1].
Ces résultats ne signifient pas qu’Ebola est devenu une maladie bénigne. Même avec les traitements les plus efficaces de l’essai, environ un patient sur trois est décédé. La survie était aussi meilleure lorsque les patients arrivaient plus tôt au centre de traitement et lorsque leur charge virale et certains marqueurs d’atteinte des organes étaient moins élevés au départ.
Une avancée médicale et une leçon d’organisation
L’importance de PALM dépasse la comparaison de quatre médicaments. L’étude a montré qu’un essai randomisé rigoureux pouvait être mené pendant une épidémie active, auprès d’enfants comme d’adultes, dans une région confrontée à la violence, aux déplacements de population et à de fortes contraintes logistiques. Cette rigueur a permis de remplacer des impressions ou des traitements distribués sans comparaison fiable par des données capables de guider les soins.
Il faut néanmoins rester prudent. Les résultats portent sur les traitements évalués dans ce contexte précis et ne disent pas que chaque patient bénéficiera de la même manière. Ils ne remplacent pas non plus la vaccination, l’identification rapide des cas, l’isolement, le suivi des contacts et les autres mesures nécessaires pour interrompre une épidémie.
Pour les patients, la leçon la plus concrète est double : disposer d’un traitement plus efficace change réellement les chances de survie, mais arriver rapidement dans un centre de soins reste essentiel. Pour les systèmes de santé, cet essai montre qu’il est possible de produire des preuves de haut niveau même au cœur d’une crise, à condition de préparer les équipes, les données et la logistique.